Plex, future porte d’entrée vers les services de streaming ?

Depuis quelques mois, Plex1Que j’aime présenter comme le Netflix de vos contenus. s’est aventuré en dehors de sa zone de confort en intégrant des contenus n’appartenant pas à ses utilisateurs.

Le service avait tenté une expérience intéressante avec Vevo en 2015, mais celle-ci avait été abandonné après seulement une petite année. L’idée était alors de proposer des vidéos Vevo associées aux artistes présents dans votre bibliothèque musicale.

Après le rachat en 2017 de la start-up Watchup, Plex a lancé Plex News qui propose de délinéariser l’accès à l’actualité tout en vous proposant des news sur les sujets qui vous intéressent réellement. A ce jour, il me semble que ce service reste uniquement disponible en anglais.

En 2018, les podcasts ont fait leur apparition. Les web shows sont ensuite arrivés à l’automne suivis de près par un partenariat techniquement – nettement plus intéressant pour l’avenir – avec le service de streaming musical Tidal2Même si Tidal reste un acteur marginal de son secteur face à Spotify, Deezer ou encore Apple Music..

En toute transparence, jusqu’à présent, je n’ai utilisé aucune de ces options, j’ai même été jusqu’à les désactiver totalement.

Néanmoins, ces intégrations sont intéressantes car elle marque la volonté de Plex d’aller vers de l’agrégation de contenus issus de différentes sources et l’intégration de Tidal a marqué une avancée majeure dans la mise en œuvre de cette stratégie puisqu’elle est synonyme de gestion des DRM au sein même de Plex.

Un tel ajout ouvre énormément de possibilités sur le papier. Comme je l’écrivais il y a peu, l’offre de streaming est devenue très riche et le besoin de services permettant d’agréger les contenus des différents services3Tel que l’application TV d’Apple. est de plus en plus prégnant.

Tout récemment, les dirigeants de Plex ont révélé que répondre à ce besoin était justement leur ambition.

« Le marché va dans cette direction, les gens dans l’industrie comprennent qu’il y a trop de services, trop de silos. Vraiment trop, c’est de la folie. Du coup, si il y a un moyen d’accéder aux utilisateurs – d’une manière qui plaisent à ces derniers – ils sont partants. »

Keith Valory (PDG de Plex)

Plex espère démarrer ce type d’intégration dès cette année.

Soyons clairs, je ne m’attends pas à accéder depuis Plex à mes contenus Netflix avant un moment (pour autant que cela arrive un jour…) mais je ne serais pas surpris de voir de plus petits services jouer le jeu.

Même si les gros acteurs du streaming feront sans doute tout pour nous conserver dans leurs propres applications, cela reste le sens de l’histoire et Plex est un client très intéressant pour jouer ce rôle d’agrégateur. En effet, il serait en mesure d’utiliser vos propres contenus pour vous proposer des programmes susceptibles de vous plaire sur les différents services auxquels vous êtes abonnés.

La question des données personnelles

Ce sujet soulève des questions concernant l’utilisation de nos données personnelles. Les services de streaming disposent déjà de beaucoup d’informations sur les goûts de chacun de leurs utilisateurs4Ce que l’on regarde – et quand on le regarde – dit beaucoup sur qui nous sommes..
Un service capable d’agréger les contenus auraient potentiellement des profils encore plus complets. Pour peu qu’il parvienne à lier ces informations à nos comptes sur les réseaux sociaux, le résultat pourrait être particulièrement séduisant pour les publicitaires (et potentiellement désastreux pour ceux qui n’ont pas envie d’être tel un livre ouvert lorsqu’ils surfent sur le web…).

Le fait que Plex prévoit officiellement des offres gratuites supportées par la publicité ne rassure pas franchement.

Ce sujet est particulièrement complexe car il ne semble pas y avoir de bonne solution.
Soit l’agrégateur dispose de toutes vos informations et il est alors en mesure de vous proposer des recommandations pertinentes (mais également de vendre vos données personnelles au plus offrant), soit il se comporte comme un simple tuyaux, vos données sont alors protégées mais vous pourrez également dire adieu aux recommandations personnalisées croisées entre vos différents services.

Même si Plex limitera sans doute son hypothétique service aux Etats-Unis (c’est plus simple et accessoirement le RGPD ne s’y applique pas), cela fait tout de même plaisir de constater que ce sujet de l’agrégation des contenus est pris à bras le corps par un tel acteur.

L’offre légale est enfin à la hauteur

A l’ouverture de SérieTech il y a 5 ans, j’étais extrêmement critique concernant l’offre légale en matière de séries.
A cette époque – pourtant pas si lointaine – il était bien difficile de suivre l’actualité séries sans avoir à passer du côté obscur.

Le coup de pied dans la fourmilière de Netflix

C’est peu dire que la situation a évolué depuis. La révolution (car c’en est une) a été rapide et profonde et le point de départ de cette nouvelle aire coïncide, et ce n’est définitivement pas un hasard, avec l’arrivée de Netflix dans l’hexagone en septembre 2014.

A son lancement, le catalogue français du géant était plutôt modeste mais il a rapidement évolué notamment par l’intermédiaire d’une forte croissance en matière de productions originales mais également avec quelques accords bien sentis (Better Call Saul, Fargo, La Casa de Papel et accessoirement les séries France Télévisions5A l’inverse, France Télévisions a un gros travail à faire pour garder un peu d’exclusivité sur ses programmes. Le groupe public a annoncé le 11 janvier qu’il avait justement signé un nouvel accord visant à adresser le problème.).

A peine diffusée à la TV, Dix pour cent est déjà sur Netflix
A peine diffusée à la TV, Dix pour cent est déjà sur Netflix

Le géant américain propose une offre riche, des applications bien pensées6Même si il a fallu attendre beaucoup trop longtemps pour obtenir la possibilité de télécharger des contenus pour un visionnage hors ligne. C’est vraiment la seule fonctionnalité clé sur laquelle Netflix a été sévèrement à la traîne. et un moteur de recommandations d’une efficacité redoutable.
Bref, en seulement quelques années, Netflix a réussi son pari et s’est rendu quasiment indispensable pour les sériephiles.

Bien que Netflix s’affiche clairement comme le fer de lance du secteur, mon inquiétude de voir apparaître un monopole s’est dissipée.

La renaissance de Canal+ via MyCANAL

En effet, même si le groupe Canal+ connaît des difficultés (celles-ci se sont accélérées depuis l’arrivée d’un certain Vincent Bolloré aux manettes), MyCANAL a su tirer son épingle du jeu.

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House of Cards et le modèle Netflix

Comme c’est devenu la coutume pour le géant américain du streaming, l’ensemble de la nouvelle saison de House of Cards a été mis en ligne d’un seul coup, c’était le 14 février dernier. Un procédé qui a du sens d’un point de vue stratégique puisque l’ambition de Netflix est clairement de venir chambouler les acteurs en place dans le monde des séries TV et sans doute plus particulièrement les chaînes payantes du câble telles que HBO ou Showtime.

Ce mode de diffusion réduit mécaniquement la durée de la couverture médiatique dont bénéficie la série mais Netflix s’en moque éperdument puisque, en tant que service de vidéo à la demande, celui-ci n’a pas de grille à construire et encore moins d’objectifs d’audience à atteindre sur des créneaux prédéterminés. Le principal objectif du groupe est de proposer du contenu exclusif à ses clients afin de leur donner une raison de plus de s’abonner (ou de le rester).
La disponibilité simultanée de la saison complète offre à chacun la possibilité de regarder la série exactement comme il le souhaite (en marathon dès le premier week-end ou en prenant son temps), ce qui est l’essence même du concept de vidéo à la demande.
Mieux encore, si la couverture médiatique est assez courte, elle est également plus intense, ce qui lui permet de résonner bien au-delà des seuls amateurs de séries.

Bref, sur le plan marketing, ce que fait Netflix est plutôt malin.
En revanche, en tant que téléspectateur, ce mode de diffusion est un peu frustrant car il diminue les échanges possibles entre amateurs (notamment sur les réseaux sociaux) puisque chacun regarde la série comme il le souhaite (ou comme il le peut) sans qu’aucun cadre ne soit donné par le diffuseur, ce qui augmente forcément la probabilité de se faire spoiler pour ceux qui prendront le temps (le risque ?) de regarder la série sur plusieurs semaines voire sur quelques mois.
Immanquablement, cela conduit beaucoup d’amateurs au binge watching avec en corolaire la nécessité de devoir attendre une année entière pour avoir accès à une nouvelle fournée d’épisodes (bon ok, on est vraiment en plein dans la catégorie first world problem ;).

Je suis peut être un peu old school mais, à mes yeux, la récurrence des rendez-vous hebdomadaires et l’attente (dans le sens positif du terme) sont les éléments clés qui définissent l’expérience séries TV.
Je ne suis pas en train de dire que le binge watching devrait être proscrit en toute circonstance – je ne suis d’ailleurs pas le dernier à y avoir recours – mais je vois plus cette pratique comme un moyen de rattraper son retard sur une série. A mon sens, il serait regrettable que cela devienne la norme.

Le président (Michael Gill) et son vice-président (Kevin Spacey)
Le président (Michael Gill)
et son vice-président (Kevin Spacey)

Une histoire de format

Pour revenir au cas particulier de House of Cards et avant de s’intéresser au fond, je voudrais m’attarder quelques lignes sur un point purement technique qui m’irrite.
En effet, j’avoue avoir bien du mal à saisir le choix de ne pas cadrer la série en 16/9 (1.77) mais en 2.00, un format7Un récapitulatif des différents formats d’image traditionnels est disponible ici. plutôt atypique.

La différence reste relativement minime (de petites bandes noires en haut et en bas sur une TV 16/9) mais, étant donné que la série n’a absolument pas vocation à être largement diffusée en salle, ce choix fait assez peu de sens.
Autant je respecte le choix de certaines séries britanniques qui sont tournées en 2.35 (Utopia et In the Flesh notamment), car ce format apporte une vraie différence en matière de composition de l’image, autant franchement, du 2.00 en lieu et place du 16/9, c’est surtout prétentieux au possible (« On ne fait pas une série TV mais du Cinéma… Enfin à peu près »).

A mes yeux, ce format 2.00 est une aberration, une sorte de compromis à mi-chemin entre la Télévision et le Cinéma qui laisse penser que, lorsque David Fincher8Pour mémoire, David Fincher (Seven, Fight Club, The Social Network) avait réalisé les deux premiers épisodes de House of Cards l’année dernière. a défini l’identité visuelle de la série, le réalisateur souhaitait utiliser le format 2.35. Une idée que les exécutifs de Netflix lui auraient demandé de tempérer pour quelque chose d’un peu moins radical pour la télévision américaine (Tiens, Netflix ne serait finalement pas si aventureuse qu’elle aimerait nous le faire croire ?).
Que cette hypothèse soit la bonne ou non ne change rien. A l’arrivée, on se retrouve avec un format bâtard qui ne satisfait personne.

Et cette saison 2 dans tout ça ?

Pour commencer, bien qu’absents de l’essentiel du premier épisode de cette nouvelle saison, les moments durant lesquels Underwood (Kevin Spacey) s’adresse à la caméra pour nous expliquer quoi penser sont toujours aussi omniprésents que pénibles.
Alors oui, Underwood est un politicien et cette idée qu’il pourrait chercher à manipuler tout le monde jusqu’au téléspectateur est amusante mais, en pratique, ce gimmick à la subtilité pachydermique est complètement hors de propos, surtout dans dans une série dramatique qui se veut par ailleurs très haut de gamme.

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Piratage et offres légales, tous pirates ?

Difficile d’esquiver longtemps la question du piratage sur un blog Séries dont la note d’intention promet de parler de nouvelles technologies.
Plutôt que d’éluder la question, autant l’aborder dès à présent, l’objectif n’étant évidemment pas de faire l’apologie du piratage mais plutôt d’essayer de comprendre pourquoi celui-ci tient une telle place chez les amateurs de séries.

Tous pirates ?

Le fait est que le nombre de français9La situation est similaire un peu partout dans le monde. qui regarde des séries télé en quasi direct de leur diffusion originale a explosé depuis une décennie et, même si je ne dispose pas de statistiques sur le sujet, je peux vous dire sans trop prendre de risque que l’écrasante majorité le fait sans passer par des services de VoD officiels.

Est-ce à dire que cette majorité d’amateurs de séries en VO à la source n’est finalement qu’une bande de pirates totalement irrécupérables ? Pas si vite.
Pour commencer, la vraie majorité est patiente et attend les diffusions officielles à la télévision avec un accès à la VO un peu moins facilité10Heureusement, la Version Multilingue s’est démocratisée depuis l’avènement de la TNT. et surtout des diffusions souvent erratiques voire tout simplement inachevées. Autant de situations qui convertissent chaque jour de nouveaux adeptes au téléchargement (ou au streaming) dit illégal puisque l’offre légale reste largement inadaptée à la demande croissante de séries au plus près de leur diffusion originale.

Une offre légale anémique

L’offre légale a le mérite d’exister entre les chaînes de télévision (Canal+ Séries, OCS…), les supports physiques (DVD et Blu-ray) et les offres de streaming (iTunes, MyTF1 VOD, Canalplay VOD…) mais, malheureusement, aucune de ces alternatives adoubées par les studios ne propose le dixième (le centième ?) du choix, de la qualité et de la facilité d’utilisation offerte par l’offre illégale.

Regarder la TV

La télévision

Les chaînes françaises grands publics sont assez timides en matière de diffusion de séries télévisées des lors que l’on s’éloigne des formula shows et, TF1, la chaîne leader sur le marché diffuse le plus souvent ses séries de manière totalement anarchique (désordre chronique, hiatus prolongés… J’en passe et des meilleurs).
Le bilan des autres chaînes n’est guère plus glorieux, même Canal+ – pourtant payante – maltraite certaines de ses séries en se permettant de les mettre en hiatus en plein milieu de saison comme elle a pu le faire avec Scandal.
La censure et les coupes arbitraires sont fréquentes sur TF111Quelques exemples sont disponibles sur les séries Law & Order sur LawAndorder-fr. mais, là encore, les chaines payantes12Les coupes sont parfois le fait des distributeurs qui proposent dans certains cas une version allégée à l’internationale (auquel cas, la version DVD/Blu-ray sera souvent affectée également). ne sont pas épargnées par le phénomène comme l’illustre la diffusion récente de l’ovni britannique Utopia sur Canal+ Séries.

À côté de cela, il n’est pas non plus rare de voir une série tout simplement déprogrammée13Quelle frustration que de découvrir qu’une série dans laquelle on s’est investi est subitement déprogrammée. par son diffuseur faute d’audience.

Le cœur du problème est que rien n’a véritablement changé dans les rythmes de diffusion des séries depuis les années 90, il faut ainsi s’armer de patience pour découvrir les derniers épisodes de ses séries favorites et, le plus souvent, bien malin qui pourra prédire quand la dernière saison de telle ou telle série sera enfin proposée.

Il y a bien quelques exceptions avec OCS notamment mais ce que cette dernière propose en matière de séries en quasi direct de leur diffusion originale est tellement restreint que cela en devient presque anecdotique14Sans même parler du caractère ultra confidentiel de la chaîne (Edit: La chaîne compte tout de même 1,6 million d’abonnés comme le signale Nicolas dans les commentaires). (c’est un peu l’exception qui confirme la règle en somme).

Finalement, les chaînes de télévision conservent surtout un réel intérêt en matière de séries pour leur production originale qui comporte régulièrement quelques perles (Engrenages dont chaque saison est plus réussie que la précédente, Les Revenants qui s’exporte bien ou encore Un Village français qui est un joli succès critique).

Les supports physiques (DVD et Blu-ray)

Support physique

Les supports physiques sont intéressants dès lors qu’il s’agit de conserver une série que l’on a aimé (le Blu-ray et sa qualité à couper le souffle est clairement tout indiqué pour cette fonction), mais il ne sont pas sans présenter un certain nombre d’inconvénients.

Le premier est la conséquence d’un choix des éditeurs (et sans doute d’accords avec les chaînes de télévision) mais il est particulièrement problématique sur les séries. La sortie des coffrets n’intervient la plupart du temps que plusieurs mois après la diffusion française de la série. Autant dire, une éternité après la diffusion originale et, pour ne rien arranger, il est bien souvent ardu de prédire à l’avance si et quand tel ou tel coffret va sortir.
Pour couronner le tout, la plupart des séries ne sont éditées qu’en DVD, un format largement inférieur à celui de la diffusion HD de la télévision, ce qui est tout de même un comble.

Par ailleurs, les DRM règnent en maître.
Vous avez acheté votre coffret et vous payez une taxe pour copie privée sur vos disques durs, smartphones, tablettes, DVD vierges ?
Étrangement, rien ne vous permet de bénéficier légalement de vos épisodes sur autre chose que votre lecteur DVD ou Blu-ray. Plus fort encore, impossible d’éviter les avertissements du FBI lorsque vous insérez la galette que vous avez chèrement acquise dans votre lecteur.

Sans même parler de la question de l’obsolescence des supports physiques qui comme le CD pour la musique sont condamnés à disparaître dans un futur pas si éloigné, on voit bien que ceux-ci ne constituent de toute façon pas une option digne de ce nom pour suivre ses séries favorites en quasi direct de leur diffusion originale.

Les offres de streaming/VoD

Crédit: Skye Gould/Business Insider
Crédit: Skye Gould/Business Insider

Même si c’est sans doute ce qui se rapproche le plus aujourd’hui d’une réponse adaptée à la demande, on reste encore bien loin du compte.

Le premier problème des offres de streaming et de vidéo à la demande est évidemment la profondeur de leur catalogue qui est extrêmement limité en matière de séries en cours de diffusion.
Vous voulez suivre The Good Wife, Homeland ou encore Banshee en quasi direct des USA ?
Et bien c’est dommage, aucun service ne vous le propose.
Vous vouliez voir la fin de Breaking Bad au moment de sa diffusion américaine ?
Dommage encore, aucune solution ne la proposait.

En admettant que l’offre se densifie, d’autres problèmes font que l’écosystème actuel n’est pas près de s’imposer comme une solution réellement adaptée à la demande.
Tout d’abord, l’offre est extrêmement atomisée. Les offres de VoD sont nombreuses, indépendantes et leurs catalogues ne se recoupent pas, il est donc impératif de jongler entre les différents services. C’est bien simple, chaque studio propose son propre service ce qui rend l’offre totalement illisible pour le consommateur.
Bref, n’espérez pas faire un choix en fonction de la qualité du service offert…

Autre problème, ces différents services ne proposent pas d’abonnements donnant accès à l’ensemble de leur catalogue à l’heure actuelle (corrigez-moi si je me trompe).
L’amateur de séries se trouve donc condamné à débourser au minimum 1,99€ pour louer le moindre épisode.
Cela peut paraître peu, mais rappelons qu’une série de network compte en moyenne 22 épisodes, cela nous amène tout de même à pratiquement 45€ pour pour la seule location d’une saison de série.
Ce principe de location est également un problème car, les fichiers étant bardés de DRM, pas question de regarder l’épisode comme bon vous semble, vous êtes contraint de passer par la plateforme propriétaire du service utilisé.
Et n’imaginez évidemment pas revoir l’épisode quelques jours, semaines ou mois plus tard sans repasser à la caisse.

À l’évidence, il reste encore un sacré chemin à parcourir sur le front de la VoD pour rendre l’offre véritablement alléchante pour les fans de séries.

Netflix, un nouvel espoir ?

Oui, cette image issue du Daredevil de Netflix  a été ajoutée bien après la publication de l'article ;)
Oui, cette image issue du Daredevil de Netflix a été ajoutée bien après la publication de l’article ;)

On parle régulièrement d’une arrivée prochaine de Netflix dans l’hexagone bien qu’il soit évident que la France ne figure pas parmi les priorités de ce géant du streaming ne serait-ce que du fait de toutes les contraintes légales qui encadrent la diffusion des films (chronologie des médias en tête).
Ceci dit, en pénétrant le marché français, Netflix pourrait mettre un énorme coup de pied dans la fourmilière en proposant enfin des offres incluant différents catalogues même si on peut aisément imaginer que les acteurs en place ne simplifieront pas la tâche à un nouvel entrant sur le marché lors des négociations pour l’obtention des différents contenus.

Par ailleurs, il est également très peu probable que Netflix parvienne à proposer massivement des séries en quasi direct de leur diffusion originale car, là encore, les acteurs historiques (à commencer par les chaînes) ne ménageront pas leurs efforts pour l’éviter.

Le précédent de l’industrie musicale

Crédit: Gentside.com
Crédit: Gentside.com

La situation en matière d’accès aux séries fraîchement diffusées n’a que très peu évolué durant la dernière décennie tandis que la technologie a fait un bon en avant assez considérable.
L’industrie et les studios n’ont jamais remis en question leur modèle économique malgré les expériences du passé et tout particulièrement après l’édifiant précédent de l’industrie musicale qui s’est notamment longtemps obstinée à mettre des DRM sur les morceaux vendus au format numérique.
Une contrainte dont ne s’embarrassaient pas les pirates et qui a largement contribué à populariser le téléchargement illégal (franchement, pourquoi payer pour avoir quelque chose de moins bien ?).

Fort heureusement, l’industrie du disque a fini par réaliser son erreur et à la rectifier. Aujourd’hui, la vente de musique numérique se fait quasiment exclusivement sans DRM.

Par ailleurs, plus récemment, de nouvelles façons de consommer la musique se sont développées avec des acteurs tels que Deezer, Spotify ou encore Rdio.
Même si la musique y est à nouveau protégée par des DRM, la profondeur des différents catalogues (des millions de titres incluant la plupart des nouveautés15Certains artistes choisissent néanmoins de ne pas faire figurer leur albums sur ses services (c’est notamment le cas de Thom Yorke, le leader de Radiohead).) est telle que s’abonner à un seul de ces services (pour une dizaine d’euros par mois) est suffisant.

La différenciation se fait sur les services proposés autour des catalogues (applications bureau, tablettes et mobiles; fonctionnalités de découverte…), ce qui favorise une saine concurrence entre les différents acteurs.
Ces services peinent encore à atteindre la rentabilité et les montants qui finissent dans les poches des artistes restent encore faibles mais ces deux problèmes devraient progressivement se résorber à mesure que de plus en plus d’utilisateurs se tourneront vers ces plateformes et leur permettront d’atteindre une taille critique.

L’accès aux séries TV en France a dix ans de retard et ne semble jusqu’à présent tirer aucun des enseignements de l’expérience de la dématérialisation de la musique.
Toutes les clés sont pourtant là, espérons que l’industrie se décide rapidement à en faire bon usage car en attendant, l’offre illégale prospère.

De vilains pirates et de gentils studios ?

Crédit: Le Monde
Crédit: Le Monde

Mais qui sont donc ces vilains pirates qui nous permettent de voir les derniers épisodes en palliant à l’incapacité chronique des studios à nous proposer les solutions légales dont nous rêvons ?
Et bien la réponse est très simple, pour l’essentiel, il s’agit de passionnés.
Il ne faut d’ailleurs pas s’y tromper, si des intermédiaires gagnent effectivement de l’argent grâce à l’offre illégale, ce ne sont pas ceux qui mettent à disposition les épisodes ni ceux qui réalisent des sous-titres pour ceux-ci.
Ceux-là même qui nous permettent de voir les épisodes à chaud dans la foulée de leur diffusion originale doivent les enregistrer, couper les publicités, encoder le résultat, le mettre à disposition, en réaliser une traduction ou encore synchroniser les sous-titres avec le son (ces différentes actions étant généralement réalisées par des personnes différentes).
Des tâches particulièrement chronophages réalisées gracieusement par et pour la communauté.
En effet, l’objectif est bien de proposer quelque chose que l’on ne peut pas trouver autrement, un produit quasi parfait (si si !) que vous pouvez regarder sur l’appareil de votre choix et conserver si vous le souhaitez.
Autant de choses que l’offre légale a choisi de ne pas nous proposer.

Alors bien sûr tout n’est pas rose, certains intermédiaires ne se privent pas de faire de l’argent plus ou moins directement sur ce travail communautaire (via la publicité sur des sites de streaming non officiels et les sites de liens Torrent ou encore au travers d’abonnements sur des services de Direct Download et d’accès à Usenet16Ces abonnements et la publicité peuvent se justifier au moins en partie par les coûts d’exploitation des infrastructures techniques qui supportent ces services.).

Force est de constater que la demande est énorme et que des gens se donnent beaucoup de mal pour y répondre (et je n’ai même pas parlé de tous les sites et logiciels qui gravitent autour de ce petit monde17Rassurez-vous, cela fait partie des sujets que je souhaite aborder sur SerieTech.).
Pourtant, étrangement, ces gens qui se donnent du mal pour satisfaire la demande ne sont pas les studios. Non, ceux-là semblent au contraire totalement ignorer et négliger le phénomène comme s’ils n’avaient pas conscience que plus l’éclosion de vraies offres légales innovantes se fera attendre, plus la situation sera difficile à faire évoluer.

Prôner la seule répression face au piratage est un non sens absolu.
Il est en revanche urgent de proposer une réponse pertinente à la demande parfaitement légitime que cache le piratage. Une conclusion qui semble assez évidente, pourtant les acteurs majeurs du secteur peinent encore à en prendre toute la mesure.