L’offre légale est enfin à la hauteur

A l’ouverture de SérieTech il y a 5 ans, j’étais extrêmement critique concernant l’offre légale en matière de séries.
A cette époque – pourtant pas si lointaine – il était bien difficile de suivre l’actualité séries sans avoir à passer du côté obscur.

Le coup de pied dans la fourmilière de Netflix

C’est peu dire que la situation a évolué depuis. La révolution (car c’en est une) a été rapide et profonde et le point de départ de cette nouvelle aire coïncide, et ce n’est définitivement pas un hasard, avec l’arrivée de Netflix dans l’hexagone en septembre 2014.

A son lancement, le catalogue français du géant était plutôt modeste mais il a rapidement évolué notamment par l’intermédiaire d’une forte croissance en matière de productions originales mais également avec quelques accords bien sentis (Better Call Saul, Fargo, La Casa de Papel et accessoirement les séries France Télévisions1).

A peine diffusée à la TV, Dix pour cent est déjà sur Netflix
A peine diffusée à la TV, Dix pour cent est déjà sur Netflix

Le géant américain propose une offre riche, des applications bien pensées2 et un moteur de recommandations d’une efficacité redoutable.
Bref, en seulement quelques années, Netflix a réussi son pari et s’est rendu quasiment indispensable pour les sériephiles.

Bien que Netflix s’affiche clairement comme le fer de lance du secteur, mon inquiétude de voir apparaître un monopole s’est dissipée.

La renaissance de Canal+ via MyCANAL

En effet, même si le groupe Canal+ connaît des difficultés (celles-ci se sont accélérées depuis l’arrivée d’un certain Vincent Bolloré aux manettes), MyCANAL a su tirer son épingle du jeu.

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The State, au coeur de l’Etat Islamique

The State est une mini-série en quatre épisodes de 45 minutes diffusée sur Channel 4 en Angleterre. Elle se propose de suivre de jeunes britanniques rejoignant l’Etat Islamique en Syrie.

Voici un sujet brûlant et passionnant qui reste pourtant rare à la télévision.
Beaucoup de séries ont déjà évoqué Daesh et ce parfois de manière pertinente1 mais, à ma connaissance, aucune n’avait encore osé placer les jihadistes au coeur même du récit2.

Il faut dire qu’il est aisé de sombrer dans le manichéisme et de se dire que tous ces jeunes qui cherchent à rejoindre l’organisation terroriste ne sont que des fous assoiffés de violence qui prennent pour excuse la religion pour assouvir leurs plus bas instincts.
La réalité est forcément plus complexe et c’est ce que s’attache à dépeindre The State.

Je ne crois pas que la période à laquelle se déroule les évènements soit clairement précisée. Néanmoins, un certain nombre d’éléments3 laissent penser que la série se situe il y a au mois 2 ou 3 ans, une période durant laquelle la relative naïveté de ces jeunes reste crédible.
Car pour l’essentiel, ces jeunes hommes et femmes, candidats au Jihad, semblent pétris de bonnes intentions.
L’une d’entre eux, Docteur en Angleterre et venue avec son petit garçon, est par exemple bien décidée à exercer la médecine pour porter assistance aux victimes du conflit.

Ecrite et réalisée par Peter Kosminsky4, on sent que la série a bénéficié d’un énorme travail de documentation et la mise en images de certaines choses 5 que l’on a pu lire dans la presse6 se révèle absolument glaçante.

Le résultat est une oeuvre à la fois terrifiante et touchante qui sonne parfaitement juste du début à la fin.

The State est actuellement diffusée en France sur CANAL+.


  1. Homeland et Le Bureau des Légendes le font par exemple plutôt bien. 
  2. Je n’oublie pas l’excellente Sleeper Cell, mais elle a été produite en 2005, une époque à laquelle l’EI n’existait pas encore.
    Par ailleurs, elle se déroule essentiellement sur le sol américain. 
  3. La frontière avec la Turquie se révèle encore assez facile à franchir tandis que Daesh semble toujours dans une période faste. 
  4. J’ai maintenant bien envie de découvrir ses travaux antérieurs parmi lesquels Warriors sur les balkans et The Promise sur le conflit Israelo-palestinien. 
  5. Le sort des femmes et enfants Yézidies et l’embrigadement des jeunes enfants sont par exemple présentés de manière absolument bouleversante. 
  6. Je vous recommande au passage le travail de David Thompson sur Les Jours qui est également publié sous le titre Les Revenants

The X-Files, entre déception et nostalgie

Alors que j’avais une quinzaine d’années, The X-Files est la première série devant laquelle j’ai réalisé que le format sériel offrait des possibilités illimitées. Accessoirement, la série m’a aussi donné l’envie de m’intéresser au Cinéma de genre1 (Carpenter, Cronenberg, Romero, Argento pour ne citer que quelques maitres).
Ne serait-ce que pour cela, la série de Chris Carter aura toujours une place à part dans mon cœur.

Ceci dit, je me dois également de confesser que la fameuse mythologie de la série m’a laissé sur le bord de la route aux alentours de la saison 4 mais cela ne m’a pas empêché de continuer à apprécier l’atmosphère si particulière de la série ainsi que ses loners souvent brillants.
De même, je n’ai pour ainsi dire aucun souvenir des deux dernières saisons de la série (c’est tout juste si je me souviens que Robert Patrick était là…).

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Strike Back, un guilty pleasure efficace

Strike Back a définitivement baissé le rideau au terme de sa cinquième saison (Edit : en fait non, la série est revenue avec une nouvelle équipe à l’automne 2017), l’occasion de revenir sur ce généreux guilty pleasure estival.

La série se veut une adaptation du roman éponyme de Chris Ryan1 et nous propose de suivre la Section 20, une division des services secrets britanniques que les opérations conduisent aux quatre coins du monde.

Damien Scott (Sullivan Stapleton) & Michael Stonebridge (Philip Winchester)
Damien Scott (Sullivan Stapleton) & Michael Stonebridge (Philip Winchester)

Sa première saison – diffusée en 2010 – est une production 100% britannique en six épisodes assez premier degré et diffusée sur Sky1.
Lorsqu’elle fut renouvelée pour une seconde saison, la série devint une co-production internationale avec l’entrée au financement de la chaîne du câble américain Cinemax2.
Strike Back est alors repensée de fond en comble au point que les premières minutes de la nouvelle saison se sentent obligées d’annoncer ce changement de manière aussi pachydermique que possible avec une scène de sexe assez racoleuse, encore que celle-ci caractérise finalement assez bien les deux nouveaux personnages principaux, le beauf américain (Sullivan Stapleton) et le gentleman British (Philip Winchester) ce dernier faisant passablement penser à une sorte de James Bond qui aurait passé un peu trop de temps sur un banc de muscu.

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P’tit Quinquin, Twin Peaks au pays des ch’tis

P’tit Quinquin est une série policière suivant un duo de flics aussi improbable que manifestement incompétent, deux gendarmes perdus au milieu de personnages tous plus étranges les uns que les autres et de crimes qui se révèlent à l’avenant.

"Gendarmerie Nationale quand même ! Donc... euh... bon..."
« Gendarmerie Nationale quand même !
Donc… euh… bon… »

En parallèle de l’enquête, on s’intéresse au p’tit Quinquin et à sa bande de copains qui tentent de braver l’ennui dans la torpeur estival.
Le titre et l’étrangeté du récit qui présente tous les personnages comme de quasi-extra-terrestres à l’exception notable de la mère et des amis du jeune garçon laissent penser que le récit est peut-être la manière dont celui-ci se souvient des événements de cet été-là.
Un regard enfantin qui serait parvenu à transformer un sordide fait divers en véritable récit onirique.

Rien dans les quatre épisodes que compte P’tit Quinquin ne viendra jamais confirmer – ni infirmer – cette hypothèse et on peut très bien voir la série pour ce qu’elle est avant tout, à savoir une formidable comédie policière burlesque peuplée par une galerie de personnages que nous ne sommes pas près de revoir de sitôt à la Télévision.

Au delà de la puissance évocatrice de son histoire, Bruno Dumont réalise un véritable tour de force dont lui seul à le secret au niveau du casting et de la direction d’acteur.
Les personnages sont campés par des amateurs mais cela n’empêche jamais l’auteur-réalisateur d’obtenir des performances absolument démentes1 qui sonnent malgré tout parfaitement juste dans l’univers surréaliste qu’il dépeint.
A ce niveau, ce n’est pas simplement exceptionnel, cela relève pratiquement du miracle pur et simple.

Ptit Quinquin avec Eve son amoureuse
Ptit Quinquin avec Eve son amoureuse

Le résultat est une œuvre profondément singulière à laquelle il faut absolument laisser sa chance.
Personnellement, j’ai été totalement happé par cette histoire et j’avoue même avoir pleuré de rire devant l’audace – voire la folie absolue – de certaines séquences2.

Si, comme moi, vous êtes honteusement passé à côté de P’tit Quinquin lors de sa diffusion à la rentrée 2014 sur Arte, c’est le moment de vous rattraper !3.


  1. Toutes sont vraiment très bonnes mais j’avoue que Bernard Pruvost qui incarne le commandant Van der Weyden m’a totalement scotché ! Ses tics, sa démarche, son élocution… Il est tout simplement bluffant ! 
  2. En vrac : La scène de l’église, la voiture à deux roues, les répliques autour des vaches folles et carnivores, la rencontre avec le procureur, l’évocation grossière du peintre Rubens, les cascades de Van der Weyden… J’en passe et des meilleures. 
  3. Les coffrets DVD ou Blu-ray peuvent faire un super cadeau de Noël même si l’option iTunes reste la moins onéreuse.