P’tit Quinquin, Twin Peaks au pays des ch’tis

P’tit Quinquin est une série policière suivant un duo de flics aussi improbable que manifestement incompétent, deux gendarmes perdus au milieu de personnages tous plus étranges les uns que les autres et de crimes qui se révèlent à l’avenant.

"Gendarmerie Nationale quand même ! Donc... euh... bon..."
« Gendarmerie Nationale quand même !
Donc… euh… bon… »

En parallèle de l’enquête, on s’intéresse au p’tit Quinquin et à sa bande de copains qui tentent de braver l’ennui dans la torpeur estival.
Le titre et l’étrangeté du récit qui présente tous les personnages comme de quasi-extra-terrestres à l’exception notable de la mère et des amis du jeune garçon laissent penser que le récit est peut-être la manière dont celui-ci se souvient des événements de cet été-là.
Un regard enfantin qui serait parvenu à transformer un sordide fait divers en véritable récit onirique.

Rien dans les quatre épisodes que compte P’tit Quinquin ne viendra jamais confirmer – ni infirmer – cette hypothèse et on peut très bien voir la série pour ce qu’elle est avant tout, à savoir une formidable comédie policière burlesque peuplée par une galerie de personnages que nous ne sommes pas près de revoir de sitôt à la Télévision.

Au delà de la puissance évocatrice de son histoire, Bruno Dumont réalise un véritable tour de force dont lui seul à le secret au niveau du casting et de la direction d’acteur.
Les personnages sont campés par des amateurs mais cela n’empêche jamais l’auteur-réalisateur d’obtenir des performances absolument démentes1Toutes sont vraiment très bonnes mais j’avoue que Bernard Pruvost qui incarne le commandant Van der Weyden m’a totalement scotché ! Ses tics, sa démarche, son élocution… Il est tout simplement bluffant ! qui sonnent malgré tout parfaitement juste dans l’univers surréaliste qu’il dépeint.

A ce niveau, ce n’est pas simplement exceptionnel, cela relève pratiquement du miracle pur et simple.

Ptit Quinquin avec Eve son amoureuse
Ptit Quinquin avec Eve son amoureuse

Le résultat est une œuvre profondément singulière à laquelle il faut absolument laisser sa chance.
Personnellement, j’ai été totalement happé par cette histoire et j’avoue même avoir pleuré de rire devant l’audace – voire la folie absolue – de certaines séquences2En vrac : La scène de l’église, la voiture à deux roues, les répliques autour des vaches folles et carnivores, la rencontre avec le procureur, l’évocation grossière du peintre Rubens, les cascades de Van der Weyden… J’en passe et des meilleures..

Si, comme moi, vous êtes honteusement passé à côté de P’tit Quinquin lors de sa diffusion à la rentrée 2014 sur Arte, c’est le moment de vous rattraper3Les coffrets DVD ou Blu-ray peuvent faire un super cadeau de Noël même si l’option iTunes reste la moins onéreuse. !

Review, une fausse émission désopilante

C’est la rentrée et j’aurais sans doute pu (dû ?) vous parler des perles de l’été, de The Honourable Woman4Concernant The Honourable Woman, n’hésitez pas à vous tourner vers les articles de Critictoo et pErDUSA. (Brillante mini-série d’espionnage sur fond de conflit israelo-palestinien) à la seconde saison de Rectify5Pour de très bons papiers sur Rectify, rendez-vous chez Yann (pour la saison 1) ou sur le Baxterclub (sur la saison 2) notamment. (qui a confirmé la claque que nous avait mise son créateur Ray McKinnon l’année dernière), en passant par la bonne surprise horrifique The Strain qui certes plus modeste s’avère d’une efficacité assez bluffante (assez proche de The Walking Dead sur le fond, The Strain s’avère jusqu’ici6Petit bémol quand même, le dernier épisode en date de The Strain – son huitième – était assez décevant avec un huis clos que l’on a l’impression d’avoir déjà vu un bon million de fois aussi bien à la Télévision qu’au Cinéma. Pour un avis sur le démarrage de la série, rendez-vous chez Pierre Serisier. nettement plus convaincante en terme d’écriture). Mais tout en vous les recommandant chaleureusement toutes les trois, j’avais envie de revenir sur une série nettement plus confidentielle mais qui mérite néanmoins que l’on s’y attarde, cette série c’est Review.

Andy Daly (accompagné de Fred Willard)
Forrest (Andy Daly) s’apprêtant à reviewer les voyages dans l’espace !

Voilà une série qui se cache derrière un titre particulièrement générique, une série à côté de laquelle je serais sans doute passée si je n’en n’avais pas écouté la review dans l’excellent Podcast de Dan Feinberg et Alan Sepinwall (Firewall & Iceberg).

Si, comme son titre le laisse deviner, Review parle effectivement de reviews (« critiques » en bon français), Forrest MacNeil – son personnage principal – ne donne pas dans la traditionnelle critique de livre, film ou série. Il est en effet nettement plus ambitieux en s’efforçant d’offrir à ses téléspectateurs des critiques d’expériences de vie et le moins que l’on puisse dire est que MacNeil est vraiment prêt à donner de sa personne pour y parvenir.

Sur la forme, on assiste à une fausse émission titrée… « Review with Forrest MacNeil » et il n’y a pas de mise en abîme en tant que telle puisque chaque plan – en tout cas pour autant que je me souvienne – est vraiment présenté comme une image de l’émission de Forrest MacNeil. Portée par un Andy Daly qui cumule les casquettes (principal interprète et créateur), la série joue vraiment la carte de la fausse émission jusqu’au bout.

Plus concrètement, Forrest va essayer tout ce que ses téléspectateurs lui demanderont. Le résultat est une émission (et donc une série) qui comporte trois critiques d’environ 7 minutes par épisode. Finalement, le générique de la série dans lequel on voit MacNeil s’essayer à quelques expériences comme « Rencontrer le président » (On le voit se prendre une décharge de Taser), « Participer à des émeutes » (Il apparait avec un foulard sur le visage en train de lancer un cocktail molotov en criant « Viva la revolucion ! ») est assez clair sur ce que l’on peut attendre de la série.

Andy Daly dans Review with Forrest MacNeil

C’est bien rythmé, souvent drôle mais surtout extrêmement bien construit sur la durée7Et c’est cette construction cumulative qui rend la série de plus en plus drôle à mesure que les épisodes et les reviews s’enchaînent. tant l’enchaînement des épisodes (et des reviews) a été pensé pour raconter une histoire sur Forrest.

Alors que j’ai souvent du mal avec les comédies8Girls, Louie ou plus récemment Silicon Valley sont les quelques comédies à trouver grâce à mes yeux ces dernières années., je suis totalement tombé sous le charme de Review et je vous invite à la découvrir, d’autant que l’engagement est minimal puisque cette première saison9A noter que Comedy Central a confirmé que la série serait reconduite pour une seconde saison. ne compte que neuf petits épisodes d’une vingtaine de minutes chacun.

Voici la liste des critiques proposées au cours de cette première saison :

  • Voler
  • Être accroc à la drogue
  • Aller au bal de fin d’année du lycée
  • Faire une Sex Tape
  • Être raciste
  • Chasser
  • Manger 15 Pancakes
  • Divorcer
  • Manger 30 Pancakes
  • Coucher avec une célébrité
  • Être Batman
  • Avoir un meilleur ami
  • Aller dans l’espace
  • Être un fou du volant
  • Participer à une orgie
  • Se venger
  • S’enrichir rapidement
  • ‘There All is Aching’ (intraduisible)
  • Épouser une inconnue
  • Être en fuite
  • Être le boute-en-train d’une soirée
  • Démissionner
  • Vivre son dernier jour
  • Être irlandais… Tout en restant en Amérique