The X-Files, entre déception et nostalgie

Alors que j’avais une quinzaine d’années, The X-Files est la première série devant laquelle j’ai réalisé que le format sériel offrait des possibilités illimitées. Accessoirement, la série m’a aussi donné l’envie de m’intéresser au Cinéma de genre1 (Carpenter, Cronenberg, Romero, Argento pour ne citer que quelques maitres).
Ne serait-ce que pour cela, la série de Chris Carter aura toujours une place à part dans mon cœur.

Ceci dit, je me dois également de confesser que la fameuse mythologie de la série m’a laissé sur le bord de la route aux alentours de la saison 4 mais cela ne m’a pas empêché de continuer à apprécier l’atmosphère si particulière de la série ainsi que ses loners souvent brillants.
De même, je n’ai pour ainsi dire aucun souvenir des deux dernières saisons de la série (c’est tout juste si je me souviens que Robert Patrick était là…).

Fox Mulder devant son fameux poster I Want to Believe (une expression récurrent dans cette saison 10)
Fox Mulder devant son fameux poster
I Want to Believe (une expression – un peu trop – récurrente dans cette saison 10)

Bref, bien que nous nous soyons progressivement perdus de vue, j’ai vraiment adoré cette série et certains de ces épisodes sont restés profondément ancrés dans mon esprit.
C’est donc avec un authentique plaisir que j’ai retrouvé The X-Files cet hiver et, bonheur, le générique d’époque a été conservé. Une manière d’acter d’entrée de jeu le fait que le projet capitalise sur la nostalgie de son public.
Ce n’est pas une énorme surprise puisqu’il faut bien reconnaître que s’affranchir de ce générique ou en produire une version modernisée aurait constitué une sacrée gageure, d’autant qu’il semblait inconcevable de mettre au placard le thème culte de Mark Snow.

Passé ce petit plaisir et celui de retrouver ces chers Mulder et Scully, ma première déception est que The X-Files semble avoir perdu son atmosphère si particulière en optant pour une esthétique un peu trop propre et lumineuse2.
Par ailleurs, ces six épisodes sont extrêmement bavards. J’ai eu le sentiment d’une narration ultra statique dont l’intrigue n’avançait que par le biais de dialogues un peu forcés.
Pour couronner le tout, cette très courte saison est construite exactement comme une saison classique de la série. On ouvre sur un épisode mythologique avant de basculer sur des épisodes indépendants (et interchangeables) avant de conclure sur un second épisode mythologique.

Mulder et Scully

A la décharge de Chris Carter, il fallait justifier le retour aux affaires de Mulder et Scully et il aurait effectivement été difficile de le faire sans passer par la case mythologie. Néanmoins, je suis convaincu que l’on aurait pu ouvrir sur un loner suffisamment fort pour justifier de faire revenir nos deux agents spéciaux (au hasard, via le retour d’un des monstres de la semaine ayant marqué la série). Même si cela aurait pu sembler bancal, cela aurait permis d’éviter la construction bâtarde qui nous a été servie.
Une alternative aurait également pu consister à conserver un vrai fil rouge3, mais les auteurs stars de la série semblent avoir travaillé en vase clos et cela nuit profondément à la cohésion de l’ensemble.

Le plus gênant est que, même en faisant abstraction du ratage en termes de construction globale, la qualité des épisodes de cette dixième saison reste faible.
Home Again et son Trashman m’a semblé le plus abouti, l’épisode second degré4 est sympathique mais finalement assez convenu (Darin Morgan écrit du Darin Morgan…) et surtout assez difficile à justifier sur une saison qui ne compte que six petits épisodes.
Les autres épisodes m’ont déçu avec une mention spéciale pour le final qui expédie totalement son idée pourtant géniale.
Cette histoire de fin du monde aurait mérité d’être développée sur au moins deux ou trois épisodes. Au lieu de cela, il faut se contenter d’une succession d’ellipses et de raccourcis frustrants5.

Trashman (épisode Home Again)
Trashman

Le public a répondu présent, ce qui laisse penser qu’une suite pourrait (devrait ?) voir le jour, mais ces bons résultats ne vont malheureusement pas inciter Chris Carter et son équipe à se remettre en question.
Cela dit, pour quiconque a envie de revoir Mulder et Scully (c’est toujours mon cas) c’est sans doute préférable à un échec commercial qui aurait définitivement acté la fin des aventures de nos deux agents du FBI.

Enfin, indéniable point positif, la mise en chantier de cette saison 10 a sans doute très largement contribué à la remasterisation HD offerte aux neufs premières saisons. Une remasterisation qui me donne très envie de me replonger dans l’âge d’or de la série.

Le coffret Blu-ray des neuf premières saisons.
Le coffret Blu-ray des neuf premières saisons.

Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à lire la critique du dernier épisode de cette saison 10 dans laquelle Sullivan revient sur la mythologie, c’est passionnant.


  1. Notamment via Mad Movies, magazine découvert à l’occasion de son numéro 98 consacré à la série. Mad Movies 98 
  2. En même temps, on est sur un grand network pour le retour d’une série événement. Espérer autre chose était sans doute illusoire. 
  3. Nous bassiner continuellement avec William, le fils de Mulder et Scully – dont l’écrasante majorité des téléspectateurs se moque éperdument – n’est clairement pas suffisant. 
  4. Mulder and Scully Meet the Were-Monster 
  5. Mention spéciale au FBI qui ne semble s’informer de l’évolution de la situation qu’en regardant les vidéos d’O’Malley (Joel McHale de Community). 

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