The Good Wife signe sa meilleure saison

Cette saison, les auteurs de The Good Wife ont réussi un sacré tour de force en nous offrant la meilleure saison de la série à ce jour, une réussite qui doit pourtant beaucoup à un évènement qui s’est imposé à eux.

Une fois n’est pas coutume, la quasi-intégralité de cet article contient des spoilers sur la cinquième saison de la série, je vous invite donc à en reporter la lecture si vous ne l’avez pas encore vue…

Attention, la suite de cet article contient des SPOILERS majeurs sur la saison 5

La grande force de la saison est en fait la conséquence d’un aléa de production. Mais là où Michelle et Robert King – les co-créateurs de la série1 – ont fait très fort c’est qu’ils sont parvenus à le garder confidentiel pendant plus d’un an tout en l’utilisant pour construire un arc narratif qui s’étale sur toute la saison.
La contrainte à laquelle je fais référence n’est autre que le départ de l’interprète de Will Gardner (Josh Charles), un personnage clé dans la série depuis son lancement en 2009 puisqu’il est l’un des protagonistes du triangle amoureux sur lequel la série est bâtie.

Alicia (Julianna Margulies), Will (Josh Charles) et Diane (Christine Baranski)
Alicia (Julianna Margulies), Will (Josh Charles) et Diane (Christine Baranski)

Il aurait été facile pour les auteurs de continuer la série comme si de rien n’était et de consacrer un épisode au départ de Will, un départ qui aurait pu être moins définitif, il aurait par exemple pu partir diriger une des antennes de Lockhart/Gardner loin de Chicago ou pourquoi pas être radié du barreau après un dérapage. Au lieu de cela, les King ont construit toute la saison autour de ce départ imposé de manière particulièrement fine.
Lorsque, au début de la saison, Alicia (Julianna Margulies) et Cary (Matt Czuchry) quittent Lockhart/Gardner pour fonder leur propre cabinet, c’est une toute nouvelle dynamique qui se met en place pour la série2 en faisant monter la tension entre les petits jeunes de Florrick, Agos and Associates et la vieille garde de LG3.
Inévitablement, la pression monte tout particulièrement entre Will et Alicia, ce dernier se sentant trahi par cette mère de famille dont aucun cabinet ne voulait et à qui, quelques années plus tôt, il a permis de s’épanouir et de se révéler sur le plan professionnel même si ses intentions n’étaient évidemment pas totalement désintéressées4.
Tout cela fonctionne à merveille et nous offre la meilleure mise en place imaginable pour le choc qui nous attend au terme du quinzième épisode de la saison. Mieux encore, la confidentialité maintenue autour du départ de Josh Charles fait que l’on profite de cette mise en place sans arrière-pensées et que ce n’est qu’après avoir vu l’épisode dans lequel il est victime d’une fusillade que l’on prend véritablement conscience du travail de construction méticuleux réalisé par les auteurs cette année.

Will (Josh Charles), Alicia (Julianna Margulies) et Peter (Chris Noth)
Will (Josh Charles), Alicia (Julianna Margulies) et Peter (Chris Noth)

Emotionnellement, la mise en scène de la mort violente de Will est d’une efficacité redoutable, la fusillade se déroule hors champ et on soupçonne même que Kalinda (Archie Panjabi) pourrait en être la victime5. Lorsque l’on comprend que Will a été touché, absolument rien ne nous prépare à le retrouver sans vie quelques plans plus tard. Ceux qui rêvaient d’un happy-end pour la série dans lequel Alicia finirait dans les bras de Will en sont donc pour leur frais.
De même, le fait qu’Alicia soit informée du décès de Will alors qu’elle fait de la figuration auprès de son mari lors d’un gala est particulièrement bien vu puisque cela la renvoie aux choix qu’elle a pu faire durant les mois qui ont précédé.
Bien qu’il soit trop tard, Alicia en tirera les conséquences en prenant ses distances avec son mari Peter (Chris Noth) qui n’a pourtant jamais semblé aussi sincère vis-à-vis d’elle.

La fin de la saison semble revenir sur un schéma plus traditionnel pour la série en s’appuyant sur les retours de quelques guest stars (avec Michael J. Fox et Dylan Baker notamment) mais les conséquences plus ou moins directes de la mort de Will continuent néanmoins d’être étudiées au travers de l’évolution de la relation entre Alicia et Peter ou encore via la position de plus en plus délicate de Diane Lockhart (Christine Baranski) au sein de LG.

Damian Boyle (Jason O'Mara), le personnage inutile de cette saison 5...
Damian Boyle (Jason O’Mara), LE personnage inutile de cette saison 5…

Même si elle comporte quelques segments ou personnages largement dispensables (je pense notamment au personnage de Damian Boyle6Jason O’Mara -, à la liaison entre Cary et Kalinda ou encore à Grace – Makenzie Vega – dont la beauté a chamboulé l’Internet durant quelques semaines (?!?!?)), cette cinquième saison reste une belle réussite et il est assez intéressant de constater à posteriori que cette réussite doit finalement beaucoup au fait que les King ont travaillé sous pression et on ne les remerciera jamais assez d’avoir géré le départ de Josh Charles comme ils l’ont fait et tout particulièrement en maintenant une chape de plomb sur le fait même qu’il quittait la série, c’est une démarche particulièrement atypique pour une série diffusée sur un network comme CBS.
Espérons que cela fasse école même si rien n’est moins sûr tant il est tellement plus simple de communiquer largement autour du départ d’un personnage pour attirer les téléspectateurs.

Tout au long de la saison, la série a également continué d’intégrer de manière particulièrement habile l’actualité comme pouvait le faire Law & Order à la grande époque7. Cette année les amateurs de nouvelles technologies en ont eu pour leur argent avec l’explosion du Bitcoin (et la chute de Mt. Gox), l’incroyable affaire Silk Road et un fil rouge autour de l’affaire Snowden qui nous présente des agents de la NSA dont la vie professionnelle est encore moins glamour que ce qu’avait pu nous montrer Rubicon.

Finalement, le seul vrai point négatif de cette saison est que l’on a un peu le sentiment d’avoir atteint un sommet qualitatif, les auteurs auront fort à faire pour espérer flirter à nouveau avec le niveau atteint cette année.
En tout cas, merci aux King et à CBS d’avoir démontré que la télévision “traditionnelle” avait encore son mot à dire face aux séries du câble !


  1. Pour l’anecdote, les deux auteurs sont mari et femme à la ville. 
  2. Nous en avions eu un avant goût la saison dernière dans l’épisode Red Team, Blue Team
  3. LG est le nouveau nom de Lockhart/Gardner qui fait quand même furieusement penser à une marque d’électroménager coréenne bien connue… 
  4. En bon séducteur qui se respecte, offrir un poste à Alicia était un bon moyen de se rapprocher de cette dernière tout en se posant en homme providentiel… 
  5. Si Kalinda y était passée, je ne l’aurais pas franchement regrettée, car si elle fonctionne plutôt bien en tant que personnage périphérique, les scénaristes s’obstinent assez maladroitement à lui donner plus d’importance que nécessaire (ce qui avait culminé avec l’intégration en saison 4 d’une intrigue aussi laborieuse que risible avec son mari). 
  6. Le personnage de Damian Boyle donne l’impression de faire partie d’une intrigue qui serait finalement passée à la trappe. Ceci dit, le peu qui nous a été présenté fait que je n’ai pas l’impression que nous soyons passés à côté de quoi que ce soit (c’était globalement du niveau du mari de Kalinda l’an passé, c’est dire…). 
  7. Au passage, la présence de deux figures majeures de la série de Dick Wolf avec Chris Noth et Jill Hennessy (dont j’espère que nous la verrons plus à l’image la saison prochaine) est un bonus appréciable. 

Une réflexion sur « The Good Wife signe sa meilleure saison »

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