Spartacus, retour sur une réussite inattendue

Après avoir parlé de Homeland et House of Cards qui sont probablement deux des séries les plus surestimées de ces dernières années, quoi de plus normal que d’aborder une des séries les plus injustement mésestimée à savoir Spartacus.

Je ne jetterai la pierre à personne car je n’ai moi-même découvert la série qu’en tout début d’année dernière 1 alors que son destin était déjà scellé puisque la chaîne Starz et la production s’étaient mis d’accord pour que la troisième saison2 clôture définitivement le projet malgré un joli succès d’audience3. Un choix qui force le respect à l’heure où tant de séries sont prolongées bien au delà de leur date de péremption pour de simples raisons économiques.

Lucretia (Lucy Lawless) dans Spartacus
Lucretia (Lucy Lawless)

Si j’ai longtemps honteusement snobé la série, ce n’était pas tellement à cause de son ultra-violence ou de l’omniprésence du sexe mais plutôt du fait de son esthétique extrêmement cheap.
Et, il faut bien se rendre à l’évidence, visuellement, le pilote de Spartacus ressemble plus à un ersatz sans le sou de 300 qu’à une série haut de gamme façon Rome sur HBO.
Pourtant, dès lors que l’on se laisse happer par le souffle épique de la série, il devient rapidement évident que Spartacus a bien plus à offrir que du sang, des fesses et des effets spéciaux d’un goût douteux.
Même si le sexe et la violence en font une série à ne pas mettre devant tous les yeux (son interdiction au moins de 16 ans en France est tout sauf une surprise), Spartacus offre surtout une épopée aussi riche que intense en proposant une relecture véritablement passionnante d’une histoire pourtant archi-connue.

Assez rapidement, on se fait à l’esthétique surréaliste de la série qui, même si elle reste assez cheap, permet aux auteurs de totalement laisser libre cours à leur imagination. Ce qui est au premier abord la principale limite de la série devient rapidement une de ses principales forces et on se retrouve avec des batailles colossales qu’aucune autre série n’avait jusqu’ici osé mettre en images4.

Le plus amusant sur cette question de forme de la série est que celle-ci était en fait une figure imposée par les producteurs à Steven S. DeKnight, créateur et showrunner de Spartacus. En effet, ce look à la 300 avait été vendu à la chaîne avant même qu’un showrunner ne soit associé au projet.
Quand DeKnight – scénariste ayant officié sur Smallville (personne n’est parfait), Buffy et Angel – rejoint le projet, il doit intégrer ce facteur dans son travail.
Au passage, après avoir vu l’intégrale de la série, difficile de ne pas saluer le travail du bonhomme sur Spartacus. Ce qui n’était qu’une série de commande s’avère être à l’arrivée une bien belle réussite narrative.
Je ne peux m’empêcher de saliver à l’idée de ce que pourrait nous proposer Steven DeKnight à partir d’un matériel plus personnel…

Ilithyia (Viva Bianca) et Gaius Claudius Glaber (Craig Parker)
Ilithyia (Viva Bianca) et
Gaius Claudius Glaber (Craig Parker)

Son créateur le reconnait lui-même, Spartacus a eu quelques difficultés à l’allumage et on sent bien durant ses deux ou trois premiers épisodes qu’elle se cherche… mais dès lors qu’elle se trouve, son caractère épique ne la quittera plus jusqu’à sa conclusion… une sacrée gageure !
Pour mémoire, comme c’est généralement le cas pour les séries du câble, Spartacus n’a pas eu de pilote en tant que tel puisqu’elle a immédiatement démarré sur une commande de 13 épisodes.
Du coup, l’énorme challenge technique auquel la série se trouvait confrontée (obtenir un look à la 300 avec un budget et un rythme de production de télévision) a dû être adressé à chaud, Il n’était pas possible de tourner une seconde version du pilote puisqu’une semaine après le tournage de celui-ci, le tournage du second épisode démarrait.

Sur le fond, la caractérisation des personnages est une belle réussite superbement accompagnée par un casting pourtant essentiellement composé d’inconnus (australiens pour la plupart).
Clairement, la plus grande force de Spartacus réside dans sa faculté à faire avancer son intrigue rapidement sans que cela ne paraisse jamais forcé tout en ne s’interdisant pas de se débarrasser de tel ou tel personnage pour les besoins de l’intrigue.
Quel que soit le camp des personnages, ceux-ci sont toujours particulièrement riches avec une mention spéciale pour le mémorable couple Batiatus (campé par John Hannah et Lucy Lawless) qui sont de véritables crevures mais parviennent à fasciner malgré tout.
C’est aussi cela la force de la série, réussir à rendre attachants d’authentiques salopards.

Ilithyia (Viva Bianca) et Lucretia (Lucy Lawless) dans Spartacus
Ilithyia (Viva Bianca) et Lucretia (Lucy Lawless)

You appear as honorable man, yet attempt to slip cock in ass (Batiatus)

La manière dont les auteurs s’amusent avec la langue est une autre des grandes réussites de Spartacus. L’intention n’est évidemment pas de rechercher un quelconque réalisme historique mais plutôt de créer un language à la fois moderne, vulgaire et désuet en déstructurant l’argot d’aujourd’hui. Cela donne des choses assez savoureuses dans le ton de ces quelques exemples :

Words fall from your mouth as shit from ass. (Vettius)

A Gladiator does not fear death. He embraces it. Caresses it. Fucks it. Each time he enters the arena, he slips his cock in the mouth of the beast, and prays to thrust home before the jaws snap shut. (Oenomaus)

Difficile de ne pas sourire en entendant les personnages tenir de tels propos et j’avoue me demander comment la version française a bien pu s’en tirer (ou pas…) avec un matériel à ce point particulier (c’est déjà compliqué en temps normal, mais là les personnes chargées de l’adaptation ont vraiment dû s’arracher les cheveux !).

Spartacus

Quant au sexe et à la nudité qui sont très présents dans Spartacus, ils sont intégrés dans la narration de manière nettement plus intelligentes et naturelles que dans beaucoup d’autres séries actuelles (Banshee et Strike Back viennent en tête).
Pour ce qui est de la violence, on parle de Rome antique et de gladiateurs donc, là encore, difficile de faire une série tous publics. Les auteurs ont choisi de montrer la violence en plein champ ce qui décuple son impact. Certains ne manqueront pas d’y voir de la pure exploitation, d’autres une manière de dépeindre la brutalité de l’époque.
Même si le rendu est ultra-stylisé et donc pas forcément réaliste (en accord avec le ton visuel général de la série), la violence ici fait presque mal aux téléspectateurs.
Quoi qu’il en soit, après avoir vu les quelques combats de gladiateurs à la sauce Parc Astérix du film Pompéi, je me dis que je préfère nettement l’approche frontale de Spartacus.

Un an après après que Spartacus ait tiré sa révérence, c’est toujours avec un petit pincement au cœur que je repense à cette série qui a su me captiver bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer durant 39 épisodes.

Pour mémoire, la série a eu à gérer la maladie de l’interprète de Spartacus à l’issue de sa première saison. Le très convaincant Andy Whitfield s’est en effet vu diagnostiquer un cancer au printemps 2010.
Les auteurs et la chaîne ont alors décidé de repousser le tournage de la seconde saison et de mettre en chantier une mini-série en 6 épisodes dont l’action se déroule avant les évènement montrés durant la première saison.
Malheureusement, Andy Whitfield ne parviendra pas à prendre le dessus sur la maladie et donnera son accord pour qu’une nouvelle saison soit mise en production avec un nouveau comédien dans le rôle titre.
C’est à Liam McIntyre qu’incombera la lourde de tâche de succéder à Whitfield, ce dernier fut malheureusement emporté par la maladie en septembre 2011.

Andy Whitfield, l'inteprête de Spartacus durant la première saison
Andy Whitfield, l’interprète de Spartacus
durant la première saison

A noter qu’un coffret DVD ou Blu-ray français propose une prétendue “intégrale” de la série qui n’inclut pas l’ultime saison.
Un “oubli” absolument inexcusable d’autant que la dernière saison a été diffusée aux USA près de 6 mois avant la sortie de ce fameux coffret.
Bref, l’éditeur mériterait d’être mis dans l’arène avec Spartacus !
Côté VoD, le bilan n’est malheureusement guère plus satisfaisant puisqu’aucun service ne propose l’intégrale de la série (CANALPLAY et Orange ne proposent qu’une partie de la série).

Enfin, fin 2012, Deadline révélait qu’un spin-off consacré à Jules César était envisagé par la chaîne Starz, il semble malheureusement que ce projet ait été relégué aux calendes grecques. C’est bien dommage d’autant que ce ne sont pas les dernières créations originales de la chaîne5 qui réussiront à faire oublier Spartacus.
Pour ma part, je dois même avouer que j’aurais sans doute été beaucoup plus enthousiasmé par l’arrivée d’un César à la sauce Spartacus que je ne le suis par l’arrivée prochaine de Better Call Saul, le spin-off de la regrettée Breaking Bad qui me semble un peu trop forcée6 et aura bien du mal à arriver à la cheville de sa grande sœur.


  1. Ce sont notamment les articles de Tigrou et Jéjé sur pErdUSA (ainsi que la seconde partie de leur podcast numéro 34) qui ont achevé de me motiver. Merci à eux ! 
  2. La série compte trois saisons de 10 à 13 épisodes auxquelles vient s’ajouter une mini-série en 6 épisodes qui est une préquelle et fut diffusée entre les deux premières saisons de la série. 
  3. La série est le plus gros succès historique de la petite chaîne à péage Starz
  4. En terme de démesure, Game of Thrones et son Blackwater peuvent aller se rhabiller. 
  5. Da Vinci’s Demons et Black Sails
  6. Better Call Saul semble un peu trop être le résultat d’un meeting dans lequel des exécutifs se seraient demandés comment surfer et capitaliser sur le succès (mérité) de Breaking Bad… J’espère que Vince Gilligan et ses troupes me feront mentir cet automne ! 

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