Sick Beard et les manques de l’offre légale

Sick Beard est un logiciel assez extraordinaire qui offre aux fans de séries la possibilité de totalement lui déléguer la recherche, le téléchargement ainsi que le rangement des nouveaux épisodes de séries télé dans la foulée de leur diffusion.

Comment ça marche ?

Une fois installé sur votre ordinateur ou votre NAS (le logiciel est multi-plateforme), vous devrez indiquer à Sick Beard la méthode que vous souhaitez utiliser pour télécharger vos nouveaux épisodes, vous aurez le choix entre Usenet1 et BitTorrent.
Ensuite, vous indiquerez au logiciel quelles sont les séries que vous suivez et dans quelle qualité vous souhaitez les obtenir (SD, 720p, 1080p…).

Une fois configuré, vous pourrez l’oublier, Sick Beard fera en sorte de toujours savoir quels sont les prochains épisodes de vos séries favorites en s’appuyant sur les données de TheTVDB et TVRage.
Dès lors que de nouveaux épisodes seront disponibles, il les téléchargera, les décompressera, les renommera avant de les ranger dans le dossier de votre souhait.
Bref, si vous utilisez un logiciel multimédia tel que XBMC ou MediaPortal, vous n’aurez plus rien d’autre à faire que de choisir l’épisode et de lancer sa lecture depuis l’interface de celui-ci.

L'interface de Sick Beard n'est pas très sexy, ça n'empêche pas l'outil d'être particulièrement efficace
L’interface de Sick Beard n’est pas très sexy,
cela n’empêche pas l’outil d’être
particulièrement efficace

Je pourrais vous expliquer comment configurer Sick Beard étape par étape mais d’autres le font déjà beaucoup mieux que moi (ici, ou encore sur le site officiel), parlons plutôt des questions qui fâchent.

Questions de légalité

Il y a deux manières d’aborder la question de la légalité d’un tel outil.
La première – un brin hypocrite – serait de dire qu’il permet de récupérer des épisodes de séries ou de webséries mises à disposition gratuitement par leurs auteurs. Même si c’est vrai, il y a tout de même fort à parier que Sick Beard est plus souvent utilisé pour récupérer le dernier épisode de Game of Thrones que celui d’un projet gratuit comme The Scene.
La seconde serait de dire que l’outil répond à une demande forte qui n’est à ce jour pas adressée par une quelconque offre légale.
Pour mémoire, Sick Beard est un outil gratuit et open source2 qui est activement développé depuis 2009. Bref, cela fait déjà cinq ans que ses développeurs consacrent énormément de temps à un projet dont ils ne tirent aucun bénéfice3, on peut aisément en déduire que ce sont avant toute chose des passionnés de programmation et de séries TV plutôt que de vilains pirates sans foi ni loi.

Même si je peux donner l’impression de radoter un peu sur le sujet, Sick Beard a beau faciliter une action qui est techniquement illégale, il répond surtout à une vraie demande, celle de simplifier l’accès aux séries TV en quasi direct de leur diffusion originale, chose que l’offre légale adresse de manière beaucoup trop partielle jusqu’à présent.

Une alternative légale ?

Comment les producteurs de séries pourraient-ils répondre à la demande en créant une offre légale adéquate ?
A l’image de ce qui a été fait ces dernières années dans l’industrie musicale, la solution idéale serait de rendre possible la création de services tels que Spotify et Deezer qui offriraient à leurs abonnés la possibilité de regarder à volonté n’importe quelle série de leur catalogue. On pourrait également imaginer des abonnements financés par la publicité avec des options payantes pour se débarrasser de celle-ci et pourquoi pas des abonnements Premium pour accéder à certains contenus (type HBO)4.

Comment expliquer que l’offre légale soit restée à ce point régionalisée alors que depuis plus d’une décennie les épisodes d’à peu près n’importe quelle série sont disponibles illégalement dans les heures qui suivent sa diffusion originale ?
Un bel exemple de l’absurdité du système actuel est la mise à disposition gratuite par HBO du pilote de Silicon Valley, la nouvelle série de Mike Judge.
Si le pilote a bel et bien été disponible gratuitement et légalement sur YouTube, son visionnage restait exclusivement réservé aux internautes américains.
C’est logique d’un point de vue légal puisque les droits d’exploitation de la série ont sans doute été vendus dans chaque région du monde à des acteurs locaux5 et que, en conséquence, HBO n’a plus le droit de proposer ses propres contenus dans les régions en question. Le résultat n’en demeure pas moins une aberration totale du point de vue des amateurs de séries.

Évolution du marché de la vidéo entre 2012 et 2013.
Évolution du marché de la vidéo entre 2012 et 2013 : Le numérique continue de gagner du terrain tandis que les supports physiques reculent.

Dans la décennie qui vient, il y a fort à parier que l’audience en direct des chaînes de télévision va continuer de décroitre fortement probablement au point de devenir secondaire à côté des visionnages en différé. Dans le même temps, les supports physiques (DVD et Blu-ray) vont continuer de se marginaliser.
Il n’y a pas besoin d’être devin pour prévoir cette mutation, On pourrait discuter sur le timing, mais c’est absolument inéluctable.

De plus, contrairement au Cinéma (coucou la chronologie des médias particulièrement archaïque de notre beau pays), il n’existe pas de contrainte légale qui empêcherait une série d’être proposée légalement partout dans le monde en même temps.

Même si mon analyse reste superficielle, le constat de l’inadéquation entre l’offre légale et la demande me semble difficilement contestable. Pourtant l’industrie tarde à en prendre toute la mesure et à se remettre profondément en question laissant quasiment sans concurrence une offre illégale qui tend à faire du tout gratuit une nouvelle norme.
Une situation regrettable aussi bien pour les créateurs que pour les amateurs puisqu’une gratuité totale pour tous (sans contre-partie pour les producteurs et créateurs) serait forcément synonyme d’arrêt de mort du média.
Il est donc dans l’intérêt de tous de trouver rapidement un mode de diffusion légal qui satisfasse enfin une demande qui n’en finit pas d’exploser sans pour autant brader les intérêts des hommes et des femmes qui fabriquent nos séries favorites.


  1. Si vous choisissez Usenet (les fameux newsgroups), n’hésitez pas à vous tourner vers l’excellent client libre et gratuit SABnzbd
  2. Tout le monde peut proposer des améliorations du code source et pourquoi pas en développer une version alternative. 
  3. Il est possible de donner au projet via PayPal mais, selon toute vraisemblance, ce n’est pas avec cela que les développeurs de Sick Beard vont faire fortune. 
  4. L’enjeu majeur de la mise en place d’un tel modèle est d’arriver à garantir une certaine diversité de la création en évitant un nivellement par le bas auquel pourrait conduire un modèle uniquement basé sur la publicité ou sur une tarification unique. Mais la problématique est exactement la même que sur le marché musical. 
  5. La France est néanmoins privilégiée concernant Silicon Valley puisque cette dernière est proposée dès le lendemain de sa diffusion originale sur OCS City et OCS GO

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