The Knick, la révolution médicale en marche

Après nous avoir séduit avec les très fun et décomplexés Banshee et Strike Back, la chaîne du câble Cinemax revient avec un projet nettement plus ambitieux, une série qui montre que la petite chaîne n’a pas peur de jouer dans la cour des grands, quitte à chasser sur les mêmes terres que HBO (à laquelle Cinémax appartient justement).

The Knick est une série médicale située au début du vingtième siècle. Sur le papier, c’était franchement un handicap pour moi qui n’ait jamais vraiment accroché à une série médicale jusqu’à présent (même Urgences n’a jamais trouvé grâce à mes yeux) et qui suis toujours un peu suspicieux des séries « historiques ».
Mais The Knick est une formidable réussite qui suit des hommes et des femmes qui sont bien plus que des soignants, ce sont de vrais aventuriers prêts à prendre tous les risques pour faire progresser leur discipline, la médecine.
L’ouverture de la série est absolument parfaite tant elle parvient en deux séquences à nous faire saisir les enjeux de la série ainsi que l’immense difficulté du métier de soignant dans le contexte de l’époque, y compris pour des choses qui nous semble pourtant d’une extrême banalité aujourd’hui. La série est aussi radicale que pertinente quand il s’agit de montrer comment la récurrence de l’échec peut peser psychologiquement sur les médecins. Une thématique qui reste toujours aussi pertinente aujourd’hui où, même si la médecine a énormément progressé, les opérations complexes avec des taux de mortalité élevés font toujours partie du métier de soignant (sans même parler des procédures nouvelles qui apparaissent régulièrement1Il est évident que certains médecins d’aujourd’hui sont comparables aux Christiansen, Thackery et Edwards de The Knick mais là où, en 1900, on peut imaginer que ce type de médecins représentait une proportion significative des médecins en activité, il est logique que ce ne soit plus le cas aujourd’hui.).

Au premier plan, Tom Cleary (Chris Sullivan) un ambulancier à l'ancienne.
Au premier plan, Tom Cleary (Chris Sullivan) un ambulancier à l’ancienne.

Le plus fascinant dans The Knick est sans doute sa faculté à nous aspirer totalement dans son récit en le rendant presque familier.
Pourtant, entre racisme ordinaire, cocaïne disponible légalement et ambulanciers prêts à jouer de la batte de baseball pour être ceux qui amèneront un malade à l’hôpital, les personnages et les évènement dépeints sont vraiment d’un autre temps.
Au delà de son écriture ciselée, la forme de la série contribue à renforcer le sentiment de modernité qui transpire de The Knick. La musique anachronique de Cliff Martinez2Qui a déjà beaucoup travaillé avec Steven Soderbergh et a signé le score de Drive récemment (mais j’avoue que quand je pense au film c’est d’abord le Nightcall de Kavinski qui me vient tête). – qui n’est pas sans rappeler le style de Trent Reznor et Atticus Ross sur les scores des derniers films de David Fincher3The Social Network, The Girl with the Dragon Tattoo et Gone Girl./mfn] – fonctionne à fond et est un choix intéressant à l’opposé de celui d’un Boardwalk Empire qui s’appuie énormément sur de la musique d’époque.

Le découpage et les choix formels de Steven Soderbergh[mfn]Qui comme souvent, en plus de la réalisation, signe la direction de la photographie ainsi que le montage de la série. Je ne suis pas forcément fan du monsieur qui est capable du meilleur (Dans The Knick par exemple) comme du pire (Erin Brockovich ou encore son adaptation cinématographique édulcorée de la mini-série britannique Traffik).
sont évidemment l’autre composante majeure de la réussite qu’est The Knick. Contrairement à ce qu’avait pu faire Martin Scorsese sur Boardwalk Empire (il avait signé le pilote avant de se retirer), Soderbergh a réalisé l’intégralité de la première saison (10 épisodes) et a confirmé son attachement au projet pour la seconde saison et le résultat est indiscutablement payant.

L’infirmière Lucy Elkins (Eve Hewson, accessoirement la fille de Bono, le leader de U2).
L’infirmière Lucy Elkins (Eve Hewson, accessoirement la fille de Bono, le leader de U2).

Côté cast, Clive Owen4Je suis un grand fan depuis Children of Men (Les Fils de l’Homme) d’Alfonso Cuaron. est fidèle à lui-même, c’est à dire absolument impeccable. Il incarne un personnage certes largement imparfait mais néanmoins nettement moins ambigu sur le plan moral que les anti-héros auxquels les séries du câble nous ont habitué ces dernières années (de Tony Soprano à Walter White en passant par Vic Mackey).

Bref, vous n’aimez pas les séries historiques ni les séries médicales ? Qu’à cela ne tienne, The Knick pourrait bien vous réconcilier avec les deux catégories !

Rectify débarque sur Arte

L’excellente Rectify débarque ce soir à 22h40 sur Arte et c’est vraiment un évènement à ne manquer sous aucun prétexte.

La série suit le retour à la vie (civile) d’un homme condamné à mort une vingtaine d’années plus tôt pour le meurtre de sa petite amie alors que des analyses ADN remettent sérieusement en cause sa culpabilité.

L’enjeu de cette première saison n’est pas tellement de savoir si Daniel est innocent ou non (même si, on a forcément envie qu’il le soit) mais plutôt de s’intéresser à l’impact d’une peine si lourde sur celui qui la purge et son entourage. On se rend vite compte qu’après une telle période d’enfermement, la liberté et la vie doivent être totalement réappris.

Daniel redécouvre le monde avec un regard quasi enfantin et, sans jamais sombrer dans la facilité, la série parvient à toucher profondément le téléspectateur, à le faire se questionner sur la justice, l’enfermement, la famille, la vie.
Son créateur Ray McKinnon signe ici un petit bijou qui ne ressemble à rien d’autre à la télévision.

Sachant que la première saison5Après une seconde saison diffusée cet été qui a confirmé tout le bien que je pensais de la série, une troisième a d’ores et déjà été commandée par Sundance Channel. ne compte que 6 petits épisodes, vous auriez vraiment tort de ne pas laisser sa chance à Rectify.

Rectify

Si vous avez envie d’en lire plus en attendant ce soir, voici quelques articles chaudement recommandés :

Review, une fausse émission désopilante

C’est la rentrée et j’aurais sans doute pu (dû ?) vous parler des perles de l’été, de The Honourable Woman6Concernant The Honourable Woman, n’hésitez pas à vous tourner vers les articles de Critictoo et pErDUSA. (Brillante mini-série d’espionnage sur fond de conflit israelo-palestinien) à la seconde saison de Rectify7Pour de très bons papiers sur Rectify, rendez-vous chez Yann (pour la saison 1) ou sur le Baxterclub (sur la saison 2) notamment. (qui a confirmé la claque que nous avait mise son créateur Ray McKinnon l’année dernière), en passant par la bonne surprise horrifique The Strain qui certes plus modeste s’avère d’une efficacité assez bluffante (assez proche de The Walking Dead sur le fond, The Strain s’avère jusqu’ici8Petit bémol quand même, le dernier épisode en date de The Strain – son huitième – était assez décevant avec un huis clos que l’on a l’impression d’avoir déjà vu un bon million de fois aussi bien à la Télévision qu’au Cinéma. Pour un avis sur le démarrage de la série, rendez-vous chez Pierre Serisier. nettement plus convaincante en terme d’écriture). Mais tout en vous les recommandant chaleureusement toutes les trois, j’avais envie de revenir sur une série nettement plus confidentielle mais qui mérite néanmoins que l’on s’y attarde, cette série c’est Review.

Andy Daly (accompagné de Fred Willard)
Forrest (Andy Daly) s’apprêtant à reviewer les voyages dans l’espace !

Voilà une série qui se cache derrière un titre particulièrement générique, une série à côté de laquelle je serais sans doute passée si je n’en n’avais pas écouté la review dans l’excellent Podcast de Dan Feinberg et Alan Sepinwall (Firewall & Iceberg).

Si, comme son titre le laisse deviner, Review parle effectivement de reviews (« critiques » en bon français), Forrest MacNeil – son personnage principal – ne donne pas dans la traditionnelle critique de livre, film ou série. Il est en effet nettement plus ambitieux en s’efforçant d’offrir à ses téléspectateurs des critiques d’expériences de vie et le moins que l’on puisse dire est que MacNeil est vraiment prêt à donner de sa personne pour y parvenir.

Sur la forme, on assiste à une fausse émission titrée… « Review with Forrest MacNeil » et il n’y a pas de mise en abîme en tant que telle puisque chaque plan – en tout cas pour autant que je me souvienne – est vraiment présenté comme une image de l’émission de Forrest MacNeil. Portée par un Andy Daly qui cumule les casquettes (principal interprète et créateur), la série joue vraiment la carte de la fausse émission jusqu’au bout.

Plus concrètement, Forrest va essayer tout ce que ses téléspectateurs lui demanderont. Le résultat est une émission (et donc une série) qui comporte trois critiques d’environ 7 minutes par épisode. Finalement, le générique de la série dans lequel on voit MacNeil s’essayer à quelques expériences comme « Rencontrer le président » (On le voit se prendre une décharge de Taser), « Participer à des émeutes » (Il apparait avec un foulard sur le visage en train de lancer un cocktail molotov en criant « Viva la revolucion ! ») est assez clair sur ce que l’on peut attendre de la série.

Andy Daly dans Review with Forrest MacNeil

C’est bien rythmé, souvent drôle mais surtout extrêmement bien construit sur la durée9Et c’est cette construction cumulative qui rend la série de plus en plus drôle à mesure que les épisodes et les reviews s’enchaînent. tant l’enchaînement des épisodes (et des reviews) a été pensé pour raconter une histoire sur Forrest.

Alors que j’ai souvent du mal avec les comédies10Girls, Louie ou plus récemment Silicon Valley sont les quelques comédies à trouver grâce à mes yeux ces dernières années., je suis totalement tombé sous le charme de Review et je vous invite à la découvrir, d’autant que l’engagement est minimal puisque cette première saison11A noter que Comedy Central a confirmé que la série serait reconduite pour une seconde saison. ne compte que neuf petits épisodes d’une vingtaine de minutes chacun.

Voici la liste des critiques proposées au cours de cette première saison :

  • Voler
  • Être accroc à la drogue
  • Aller au bal de fin d’année du lycée
  • Faire une Sex Tape
  • Être raciste
  • Chasser
  • Manger 15 Pancakes
  • Divorcer
  • Manger 30 Pancakes
  • Coucher avec une célébrité
  • Être Batman
  • Avoir un meilleur ami
  • Aller dans l’espace
  • Être un fou du volant
  • Participer à une orgie
  • Se venger
  • S’enrichir rapidement
  • ‘There All is Aching’ (intraduisible)
  • Épouser une inconnue
  • Être en fuite
  • Être le boute-en-train d’une soirée
  • Démissionner
  • Vivre son dernier jour
  • Être irlandais… Tout en restant en Amérique

Fargo, LA mini-série à découvrir

Après l’énorme enthousiasme suscité par True Detective, une nouvelle mini-série (ou anthologie ?) a fait parler d’elle sur le câble US et bien que l’engouement soit resté nettement plus limité lorsqu’on le compare à la folie qui a entouré la mini de HBO, pour ma part, j’ai pris beaucoup plus de plaisir devant Fargo que devant la série construite autour de Matthew McConaughey et Woody Harrelson.

Alors que True Detective emportait surtout l’adhésion avec son duo de comédiens et son esthétique fascinante magnifiant la Louisiane, Fargo parvient à faire de même dans un État nettement plus froid à savoir le Minnesota.
A mon sens, Fargo se distingue vraiment en nous offrant une galerie de personnages d’une richesse évidente qui constitue un univers nettement plus dense que ce que nous avait proposé l’anthologie de HBO qui misait beaucoup (trop ?) sur ses deux stars au point de transformer ses personnages périphériques en simples accessoires.

En effet, là où Nic Pizzolatto concentrait son intrigue sur l’histoire de deux flics12Et là, c’était un peu la question de l’œuf ou de la poule. Est-ce que Harrelson et McConaughey ont été choisis parce que le récit était ultra concentré sur leurs personnages ? Ou bien est-ce que le récit est à ce point centré sur leurs personnages parce que les deux comédiens étaient associés au projet ? Vous me direz, on s’en fout et vous aurez raison puisque le résultat final est le même., Noah Hawley – le showrunner de Fargo – fait preuve de nettement plus d’ambition en dressant un univers riche et complexe car, bien que la série repose également sur un duo de comédiens particulièrement brillant (en l’occurrence Billy Bob Thornton et Martin Freeman aussi impeccables l’un que l’autre), Fargo parvient à offrir de nombreux seconds rôles convaincants que ce soit au travers de la révélation Allison Tolman (qui devient d’ailleurs rapidement bien plus qu’un second rôle) que de Colin Hanks, Kate Walsh ou encore Keith Carradine mais la liste est loin d’être exhaustive.

Lester Nygaard (Martin Freeman) et Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)
Lester Nygaard (Martin Freeman) et Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)

En terme d’écriture, j’ai été assez fasciné par la manière dont les auteurs de Fargo ont construit les personnages incarnés par Allison Tollman (Molly Solverson) et Colin Hanks (Gus Grimly) comme de parfaits contraires de ceux campés par Billy Bob Thornton (Lorne Malvo) et Martin Freeman (Lester Nygard).
En effet, les personnalités de Lorne et Molly sont assez proches, tous deux sont brillants, rigoureux et totalement dévoués à ce qu’ils font. De la même manière, Lester et Gus sont deux grands timides, maladroits qui apparaissent au premier abord comme de parfaits losers.
Pourtant, Lorne et Molly, tout comme Lester et Gus n’en demeurent pas moins diamétralement opposés.

A côté de cela, True Detective apparaissait un poil13Notez comme je manie l’euphémisme ! Promis, après cet article, j’arrête j’essaie d’arrêter de dire du mal de True Detective ! ;) prétentieuse ce qui n’avait pas manqué de rendre son dénouement gentiment con-con particulièrement décevant (en même temps, il est toujours difficile d’offrir une conclusion satisfaisante lorsque l’on prend le chemin ultra-balisé du whodunit…).

Au contraire, Fargo a pu nous offrir une intrigue nettement plus organique en ne jouant pas la carte du mystère mais en se contentant de nous raconter une histoire finie sur 10 épisodes. C’était souvent drôle et glaçant à la fois, parfois étrange mais en tout cas toujours passionnant.
Et puis en terme de ton et d’atmosphère, j’avoue que c’est la toute première fois que je retrouve un petit air de Breaking Bad dans une série, je ne saurais trop l’expliquer mais la seule présence de Bob Odenkirk (le Saul Goodman de Breaking Bad et bientôt de Better Call Saul) ne suffit pas à provoquer ce sentiment. Peut-être est-ce tout simplement le fait que le personnage de Lester renvoie par bien des aspects à un certain Walter White

Fargo

Bref, si je ne nie pas que True Detective mérite le coup d’oeil, pour moi, la vraie surprise côté mini-séries14Bien que HBO essaie de nous faire croire que True Detective soit une série traditionnelle en la soumettant dans la dite catégorie pour les Emmy Awards, personne n’est dupe. A noter que Fargo a finalement décroché 18 nominations en étant présentée en tant que mini-série tandis que True Detective en a accroché 13 en tant que Drama traditionnelle. Quoi qu’il en soit, le fait que les deux minis ne concourent pas dans la même catégorie est vraiment une aberration totale ! du premier semestre 2014 est définitivement Fargo.

Bonne nouvelle, il semble que la mise en chantier d’une seconde saison qui transformera le projet en anthologie se confirme (en même temps, c’est tellement dans l’air du temps que cela ne devrait pas surprendre grand monde). Aux dernières nouvelles, Fargo reviendrait sur FX à la rentrée 2015.
Quoi qu’il en soit, les futurs projets de Noah Hawley sont à suivre de très près !

PS: En écrivant cet article, je n’ai ressenti aucun besoin de comparer la série au film homonyme des frères Coen, simplement parce que Hawley s’est bien gardé d’en faire une bête adaptation.
Au contraire, il s’est « contenté » d’en capter l’atmosphère si particulière pour nous raconter une histoire totalement inédite, un choix qui s’est avéré payant.

Mafiosa et les séries Canal+

Les séries françaises sont souvent décriées et certains n’hésitent pas à en parler comme si elles étaient toutes plus mauvaises les une que les autres.
Pourtant, certains projets ont montré que série française et qualité n’étaient pas forcément deux notions incompatibles.

A mon sens, c’est Canal+ avec Mafiosa et Engrenages qui a vraiment démontré que la télévision française était capable de produire de grandes séries dépeignant des univers riches et denses tout en s’inscrivant dans la durée15Attention, je ne dis pas que tout ce qui a précédé est à mettre à la poubelle, j’ai apprécié Police District, Les Beaux mecs ou encore Les Hommes de l’ombre (entre autres) mais Mafiosa et Engrenages me semblent avoir atteint un nouveau pallier sur le plan qualitatif..

Engrenages et Mafiosa ont démarré respectivement en 2005 et 2006 sur une première saison assez fragile mais, dans les deux cas, la production a su se remettre en question pour repartir sur des bases solides en saison 2. Pour Engrenages, le salut passe par l’arrivée de Virginie Brac à l’écriture qui offrira une excellente saison 2 sur laquelle les deux saisons suivantes ont su s’appuyer pour enrichir encore le récit et les personnages.

Hélène Fillières (Sandra Paoli)
Hélène Fillières (Sandra Paoli)

Dans le cas de Mafiosa, ce sont les arrivées de Éric Rochant (réalisateur et scénariste) et Pierre Leccia (scénariste) qui apportent une nouvelle identité à la série en renforçant notamment l’idée de clans au travers de l’introduction de personnages tels que Toussaint (Jean-Pierre Kalfon), Tony (Éric Fraticelli) et Manu (Frédéric Graziani).
Eric Rochant parviendra même à obtenir que la série soit tournée en Corse pour sa troisième saison (le tournage des deux premières saisons s’était déroulé en Provence), ça semble anecdotique mais cela apporte une certaine authenticité à Mafiosa.
A l’instar d’Engrenages, chaque nouvelle saison de Mafiosa parvient à surpasser qualitativement la précédente tout en s’appuyant sur les bases posées par cette dernière.

La cinquième saison de la série offre un ultime chapitre particulièrement réussi à la série en creusant les trois principales thématiques chères à ses auteurs à savoir la famille, l’amitié et l’amour. L’écriture est plus ciselée que jamais avec moins d’intrigues périphériques que par le passé ce qui permet au récit d’être plus concentré sur ses principaux protagonistes et de nous proposer une conclusion à la hauteur de nos attentes.
En saison 3, lorsque le tournage de la série s’est déroulé pour la première fois en Corse, la production avait évoqué le fait qu’un tournage en Corse était une entreprise coûteuse et que pour équilibrer le budget, ils avaient fait le choix de diminuer le nombre d’acteurs et de décors. On peut se demander si ils n’ont pas souhaité faire encore un peu plus d’économies à l’occasion de cette dernière saison. Mais à la limite, peu importe puisque le résultat est une franche réussite et cette saison 5 est à mes yeux la plus réussie de la série.

Charlie (Asia Argento)
Charlie (Asia Argento)

La production a également dû s’adapter au décès de Frédéric Graziani des suites d’une longue maladie, le comédien qui incarnait avec brio le personnage de Manu depuis la saison 2 était progressivement devenu l’un des personnages clés de la série au travers du duo qu’il formait avec Éric Fraticelli (Tony).
Plutôt que de partir dans un travail de réécriture qui aurait forcément retarder le projet et dont le résultat aurait sans doute été beaucoup moins organique, il fut décidé de remplacer le comédien au pied levé et c’est à un certain Philippe Corticchiato que cette lourde tâche a incombé.
L’homme, plus connu sous le nom de Philippe Corti (ou DJ Corti), a une carrière pour le moins atypique puisqu’il a joué les DJ dans quelques émissions de Thierry Ardisson (Tout le monde en parle) et Intervilles et qu’il est également la voix-off des Enfants de la télé depuis 2011.
Pour le côté sulfureux (et histoire de brièvement sombrer dans le hors sujet), au milieu des années 90, le bonhomme a passé deux ans en prison pour avoir été mêlé à une affaire de drogue dans la boîte tropézienne dans laquelle il officiait à l’époque en tant que DJ.
Bref, même si j’étais convaincu que le choix de conserver Tony et Manu au coeur de l’intrigue de la série était le bon, j’avoue avoir eu quelques inquiétudes lorsque j’ai découvert qui allait incarner le nouveau Manu. Et bien, je dois avouer que j’ai été très vite rassuré par Philippe Corticchiato qui offre une excellente prestation dans cette saison 5, rendant ainsi un très bel hommage à son prédécesseur sans jamais tomber dans l’imitation. Il a un vrai charisme et son duo avec Éric Fraticelli fonctionne à merveille et, sincèrement, je ne m’attendais vraiment pas à apprécier autant son travail sur la série.

Carmen Paoli (Phareelle Onoyan)
Carmen Paoli (Phareelle Onoyan)

Mafiosa est la première grande série de Canal+ a tirer sa révérence et force est de reconnaître que c’est une belle réussite.

Ceci dit, Canal+ reste malgré tout capable du meilleur comme du pire comme est venu le montrer la saison 3 de Braquo, une série qui s’est construite comme une réponse à la française à The Shield (à ne pas confondre avec la série Marvel actuellement proposée sur ABC) mais dont l’écriture est tellement bordélique que l’on se demande si quelqu’un sait vraiment où va à la série. Et ne parlons pas de la manière donc les acteurs débitent leur texte sans jamais donner l’impression d’y croire (mention spéciale à un Jean-Hugues Anglade en roue libre depuis trois saisons).
Par ailleurs, le mode de diffusion de Canal+ reste également assez discutable, avec des saisons de huit épisodes16Engrenages qui compte 12 épisodes depuis sa saison 3 fait pour le moment figure d’exception. (diffusés par paquet de deux), chaque saison est expédiée en 3 petites semaines17On n’est finalement pas très loin du modèle Netflix (qui devrait débarquer à la rentrée dans l’hexagone) que Canal+ a d’ailleurs calqué pour cette ultime tour de piste de Mafiosa en mettant l’intégralité de la saison sur Canal+ à la demande dès la première soirée de diffusion.. Pire encore, l’attente entre deux saisons est en générale supérieure à deux ans.

Bref, apprécier les séries Canal+ c’est aussi savoir s’armer de patience18Cela présente parfois des avantages car si la production de Mafiosa ne s’était pas étalée sur une période 8 ans, il aurait été difficile d’offrir une telle évolution au personnage de Carmen Paoli. Pour mémoire, Phareelle Onoyan avait 14 ans lorsque Mafiosa a démarré.… Une patience dont vous n’aurez pas besoin si vous n’avez pas encore vu Mafiosa et que vous choisissez de la découvrir cet été19Tant que vous y êtes, si ce n’est pas déjà fait, c’est également l’occasion de vous mettre à jour sur Engrenages dont la cinquième saison est annoncée pour la rentrée ;) (la série est disponible en DVD ainsi que sur iTunes).