A l’ouverture de SérieTech il y a 5 ans, j’étais extrêmement critique concernant l’offre légale en matière de séries.
A cette époque – pourtant pas si lointaine – il était bien difficile de suivre l’actualité séries sans avoir à passer du côté obscur.

Le coup de pied dans la fourmilière de Netflix

C’est peu dire que la situation a évolué depuis. La révolution (car c’en est une) a été rapide et profonde et le point de départ de cette nouvelle aire coïncide, et ce n’est définitivement pas un hasard, avec l’arrivée de Netflix dans l’hexagone en septembre 2014.

A son lancement, le catalogue français du géant était plutôt modeste mais il a rapidement évolué notamment par l’intermédiaire d’une forte croissance en matière de productions originales mais également avec quelques accords bien sentis (Better Call Saul, Fargo, La Casa de Papel et accessoirement les séries France Télévisions1A l’inverse, France Télévisions a un gros travail à faire pour garder un peu d’exclusivité sur ses programmes. Le groupe public a annoncé le 11 janvier qu’il avait justement signé un nouvel accord visant à adresser le problème.).

A peine diffusée à la TV, Dix pour cent est déjà sur Netflix
A peine diffusée à la TV, Dix pour cent est déjà sur Netflix

Le géant américain propose une offre riche, des applications bien pensées2Même si il a fallu attendre beaucoup trop longtemps pour obtenir la possibilité de télécharger des contenus pour un visionnage hors ligne. C’est vraiment la seule fonctionnalité clé sur laquelle Netflix a été sévèrement à la traîne. et un moteur de recommandations d’une efficacité redoutable.
Bref, en seulement quelques années, Netflix a réussi son pari et s’est rendu quasiment indispensable pour les sériephiles.

Bien que Netflix s’affiche clairement comme le fer de lance du secteur, mon inquiétude de voir apparaître un monopole s’est dissipée.

La renaissance de Canal+ via MyCANAL

En effet, même si le groupe Canal+ connaît des difficultés (celles-ci se sont accélérées depuis l’arrivée d’un certain Vincent Bolloré aux manettes), MyCANAL a su tirer son épingle du jeu.

A condition d’être abonné à une des offres Canal+, MyCANAL propose un bon catalogue, un accès aux directs (et au contrôle du direct) des chaînes ainsi qu’à leurs replays.
Dans l’offre que j’ai choisie (Canal+ avec le Pack Ciné Séries), le catalogue séries est très bien fourni avec des productions maisons (Le Bureau des Légendes, Engrenages et Hippocrate sont pour moi les meilleures séries françaises actuellement en production), le catalogue d’OCS ainsi que quelques bonnes séries US (notamment issues d’un deal avec la chaîne FX3L’arrivée prochaine sur le secteur de Disney – qui a absorbé Fox – va sans doute remettre en question cet accord à moyen terme.) ou européennes (Gommora, The Bridge).

Il s’agit véritablement d’une offre très riche dont la seule limite pratique – pour qui s’en soucie – est qu’elle ne permet pas d’enregistrer les programmes4Il est toujours possible d’opter pour une offre à l’ancienne avec un décodeur ou via une Box mais je n’en veux surtout pas. L’interface et l’ergonomie de mon Apple TV étant parfaitement adaptées à mes besoins..

Le véritable problème des offres Canal+ est que, en tant qu’amateur de séries, il est vraiment difficile de savoir ce que l’on va obtenir avant de s’abonner.
J’ai été agréablement surpris lorsque j’ai fait le grand saut, mais les offres sans engagement étant hors de prix (25€ par mois pour Canal+ seule, 40€ par mois pour Canal+ et le Pack Ciné Séries), cela instaure de fait une forte barrière à l’entrée qui n’incite pas franchement à tenter sa chance.

Pour bénéficier de tarifs plus intéressants, il faut s’engager sur deux ans. Le tarif demandé pour le Pack Canal+ Ciné Séries tombe alors à 25€ voire 20€ par mois si vous êtes client Orange.
Un accès à Canal+ , Canal+ Séries ainsi qu’à OCS pour 20€ par mois me semble une proposition vraiment intéressante.

Pour ne rien gâcher, il faut reconnaître aux équipes de MyCANAL une certaine capacité à s’inspirer de la concurrence. Comme sur Netflix, on commence à pouvoir zapper les génériques (je l’ai découvert sur Hippocrate) et tous les épisodes des productions maisons sont disponibles à la demande dès le premier soir.
Par ailleurs, l’interface donnant accès à la TV traditionnelle et aux replays me semble supérieure à l’expérience proposée par Molotov.

A noter que la rumeur veut que Canal+ se relance cette année sur le front de la vidéo à la demande sur abonnement (SVoD).

Selon Canal+, CanalPlay – son offre historique – a été victime du régulateur qui, suite à la fusion entre Canalsat et TPS en 2007, lui avait interdit de mettre à disposition sur son service ses exclusivités TV.
Cette restriction ne serait plus d’actualité et le groupe en profiterait pour lancer un tout nouveau service.
Si cela se confirme, j’espère que Canal+ n’aura pas peur de cannibaliser ses offres existantes et proposera ses exclusivités séries dès leur diffusion à la télévision.
Malheureusement, rien n’est moins sûr.  

Molotov, la révolution manquée

Lancé durant l’été 2016, Molotov a dynamité l’accès à la télévision classique avec une offre gratuite permettant d’accéder aux chaînes, de contrôler le direct et d’accéder aux programmes en replay via un grand nombre d’appareils (Smartphones, tablettes, ordinateurs).
Le service offrait même la possibilité d’enregistrer les programmes gratuitement.

Une offre finalement assez proche de ce que propose les Box des opérateurs mais avec une ergonomie repensée et une grande fluidité5C’est donc tout le contraire des Box et de leur ergonomie absolument épouvantable..

Molotov

Deux ans plus tard, Molotov paie sa condition de simple tuyau pour les contenus des autres et subit les foudres des chaînes privées. L’option d’enregistrement a disparu sur les comptes gratuits, le contrôle du direct n’est plus possible sur les chaînes des groupes TF1 et M6 et les enregistrements sont très limités sur certaines chaînes (y compris sur les offres payantes !).
Bref, techniquement, l’offre est attrayante mais son intérêt est de plus en plus limitée par les restrictions artificielles qui s’accumulent.

Il y a quelques mois, France Télévisions, TF1 et M6 ont annoncé travailler sur un projet d’offre en ligne nommée SALTO, une offre qui si elle voyait le jour signerait probablement l’arrêt de mort de Molotov.

Les rumeurs de rachat du service sont récurrentes, la dernière en date remonte à fin décembre avec un rachat par France Télévisions qui est en train de repenser sa stratégie en ligne.

Clairement, l’avenir de Molotov en tant qu’acteur indépendant apparaît plus que jamais incertain.

OCS, la valeur sûre

OCS (propriété de l’opérateur Orange mais dont Canal+ détient 33% du capital) dispose d’un catalogue moins complet que ses concurrents sur le plan quantitatif mais il est absolument exceptionnel en terme de qualité.

On y trouve l’ensemble du catalogue HBO (ce n’est pas tout à fait exhaustif sur les séries ayant plus de 10 ans, on note les absences de Oz et Deadwood par exemple) mais également quelques séries importantes en dehors du giron HBO comme The Handmaid’s Tale, Legion ou encore Counterpart6Et accessoirement The Walking Dead pour ceux qui n’auraient pas encore décroché :).

Contrairement à ses concurrents, il est possible de s’abonner à OCS de différentes manières (via le Pack Ciné Séries de Canal+, via Molotov, en direct…).

OCS sur iPad

La seule limite du service est qu’il repose lourdement sur son contrat d’exclusivité avec HBO. Le jour ou ce contrat ne sera pas reconduit, OCS aura clairement un problème de contenu.

Amazon encore anecdotique en France

Avec Prime Video, le géant Amazon semble également bien décidé à imposer sa marque sur le secteur.
Avec quelques pépites comme Patriot (bêtement retitré American Patriot chez nous) et ses accords avec AMC (The Terror notamment) ou encore TF1, la proposition reste aujourd’hui plutôt modeste.
Mais avec un tarif extrêmement agressif (49€/an7Aux USA, après avoir démarré à 79$/an, le tarif est actuellement à 119$/an. L’abonnement devrait finir par augmenter dans nos contrées.) et la variété de services inclus dans l’abonnement (de la musique gratuite, un livre Kindle par mois, du stockage en ligne et la livraison gratuite), l’offre reste séduisante.

Prime Video sur iPad

Amazon a clairement les moyens de ses ambitions, sa principale difficulté étant d’arriver à imposer son service de streaming dans l’esprit de ses clients.
Son offre aux allures de fourre-tout ne lui facilite pas forcément la tâche.

Un marché sain

L’offre légale est aujourd’hui vraiment riche et complète8Je me suis abstenu de mentionner Altice Studio de SFR car elle ne me semble pas proposer de programmes qui justifieraient aujourd’hui se s’y intéresser. A l’inverse, j’aurais pu mentionner Arte dont les applications sont gratuites et assez complètes (La saison d’Il Miracolo a par exemple été proposée en intégralité dès le premier soir de sa diffusion TV). pour un coût qui pour le moment reste assez maitrisé. En effet, pour l’ensemble des contenus évoqués ici, on peut s’en sortir avec une facture mensuelle d’environ 35€9Netflix HD 10,99€ + Canal+ avec Pack Ciné Série (OCS inclus) 19,9€ + Amazon Prime 4,1€.
C’est à peu près ce que coûte un abonnement à Internet bon marché. Au regard du contenu ainsi accessible, c’est plutôt une bonne affaire.
Pour ceux qui chercheraient à limiter leur budget, rien n’empêche de se contenter de Netflix et/ou d’OCS et de profiter du fait que ces derniers sont sans engagement pour suspendre son abonnement dès que celui-ci devient superflu.

Certains rêvent d’un service unique et peu coûteux qui proposerait tous les contenus comme le font Spotify ou Apple Music pour la musique mais c’est plutôt quelque chose que les amateurs de séries devraient redouter car un tel monopole conduirait mécaniquement à une diminution de la qualité, de la quantité et de la diversité de la production10News flash : la production de séries et de musique n’ont absolument rien à voir :).

La saine concurrence que l’on observe actuellement sur le marché incite les différents acteurs à se démarquer par leurs contenus originaux tout en proposant des prix attractifs.

A court terme, le nombre d’acteurs sur le marché va continuer de croître puisque de nouveaux acteurs ne vont pas manquer de faire surface. A commencer par Apple et Disney (associé à la FOX), deux mastodontes qui devraient proposer leurs offres respectives dès cette année.

Les exceptions qui confirment la règle

Bien que l’offre de streaming se soit considérablement enrichie, tout n’est pas encore parfait.
Certaines séries ne sont pas achetées en France (Lodge 4911La logique de l’accord entre AMC et Amazon aurait dû faire atterrir la série sur Prime Video. Il n’en a rien été malheureusement., Mr Mercedes), d’autres sont détenues par des chaînes gratuites qui ne sont pas pressées de les diffuser (C’est le cas pour chaque nouvelle saison de Mr Robot).
Gageons que cela va s’améliorer avec le lancement de SALTO (pour autant que le projet aboutisse) puisque proposer des séries en direct des USA est clairement le genre de services à forte valeur ajoutée qui pourrait inciter les amateurs à s’abonner.

Lodge 49 est toujours invisible en France
L’excellente Lodge 49 est toujours invisible en France

En attendant, le constat est qu’un certain nombre de séries reste encore trop longtemps accessible uniquement par des voies non licites.

Un point sur les supports physiques

Le mouvement est entamé depuis quelques années déjà et le doute n’est plus permis, les supports physiques sont condamnés à disparaitre.

Ceci dit, cela ne vous empêche pas de continuer à accéder à vos contenus par voie dématérialisée.
Pour cela, je vous recommande chaudement d’utiliser MakeMKV pour transformer vos DVD ou Blu-ray en fichier MKV. C’est la solution la plus simple et efficace.
Les fichiers obtenus sont qualitativement identiques aux disques originaux (vous pouvez vous tourner vers d’autres outils si vous souhaitez compresser les fichiers et gagner de la place).

Plex sur iPad

Personnellement, cela fait une quinzaine d’années que j’utilise des applications Media Center (Meedio, Windows Media Center, MediaPortal notamment) et cela a longtemps été une activité très chronophage (je passais presque autant de temps à paramétrer les logiciels qu’à véritablement visionner des contenus…).
Depuis que j’ai basculé sur Plex, c’est de l’histoire ancienne. Le logiciel répond exactement à mes besoins et sait se faire oublier.
Si je devais résumer, Plex est le « Netflix » de mes contenus puisqu’il les rend accessibles partout tout le temps12Si vous installez un HDHomeRun sur votre réseau local, Plex peut l’utiliser pour regarder et surtout enregistrer des programmes. Notez néanmoins qu’il s’agit d’une fonctionnalité payante (via abonnement mensuel, annuel ou à vie; j’ai pour ma part opté il y a quelques années pour l’abonnement à vie et je ne l’ai jamais regretté depuis)..

Les prochaines mutations ?

Même si elles étaient sans doute déjà destinées à un marché de niche et que cela relève peut-être de l’anecdote, les applications de suivi de séries (Trakt, TV Time, Beta Séries) perdent progressivement leur raison d’être.
Les différents services de streaming (ou Plex pour ce qui viendrait d’ailleurs) réalisent le travail de suivi pour vous de manière totalement transparente. Pourquoi s’embêter ?

Ceci dit, le morcellement progressif de l’offre à créer un autre besoin, celui de l’agrégation des contenus.
En effet, lorsque l’on est abonné à trois ou quatre services différents, on apprécierait de pouvoir accéder à l’ensemble au travers d’une unique interface.

L’Application TV d’Apple (uniquement disponible sur iPhone, iPad et Apple TV) est à ma connaissance la meilleure solution actuellement disponible dans l’hexagone.
Elle vous permet d’accéder aux contenus de MyCANAL, OCS, Molotov, Prime Video ou encore Arte. C’est simple et efficace et cela répond à un vrai besoin.

L'Application TV d'Apple sur iPad
L’Application TV d’Apple sur iPad

Seul Netflix est resté à l’écart de cette solution et ce n’est pas une surprise puisque la société n’est jamais en première ligne lorsqu’il s’agit de partager ses données.
Sa position de leader sur le marché lui permet de s’affranchir de cette intégration (A noter tout de même que lorsque l’on fait une recherche sur l’application TV, les contenus Netflix figurent parmi les résultats, ce qui est déjà appréciable).
La position de Netflix dans cette affaire est plutôt compréhensible d’autant que l’on sait qu’Apple a des velléités sur le secteur et que cette fameuse application TV bien pratique pour ses clients est également opportunément un bon moyen d’identifier les programmes qui marchent sur les différentes plateformes de streaming. Des données qui peuvent constituer un avantage concurrentiel lorsqu’il s’agit de mettre en production ses propres contenus ou d’acheter des programmes existants pour garnir son catalogue.

Netflix sur iPad

Enfin, à l’heure de la Peak TV, faciliter la découverte de contenus est devenu un besoin essentiel.
Actuellement, Netflix me semble très en avance sur le sujet, c’est le seul à faire remonter des programmes pertinents en fonction de vos habitudes de visionnage.
Avec l’avalanche de contenus disponibles, être capable d’orienter ses abonnés en les prenant par la main est un atout considérable. A ce titre, la mise en avant des contenus et le lancement automatique des teasers dans l’interface sont très bien pensés. Sans même avoir à changer d’écran, l’utilisateur obtient un aperçu des différents programmes de manière transparente.

Visionner ses séries favorites n’a jamais été aussi simple et si l’évolution du secteur continue au rythme observé ces dernières années, les sériephiles que nous sommes devraient pouvoir continuer de se régaler devant leurs écrans.

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