Homeland s’offre une renaissance en saison 4

Après une troisième saison durant laquelle Homeland avait touché le fond sur le plan créatif (cf. Homeland ou l’art de transformer l’or en plomb), la série a achevé il y a peu sa quatrième saison et le moins que l’on puisse dire est que le visage qu’elle nous a offert cette année était nettement plus convaincant que la bouillie infâme que l’on nous servait depuis la fin de la première saison.

Enfin débarrassés de Brody et sa famille (Ouf !), les scénaristes semblent avoir enfin trouvé une histoire qu’ils avaient véritablement envie de nous raconter et le résultat est une succession de onze épisodes particulièrement réussie.
Craignant un nouveau naufrage, j’avais pourtant abordé cette nouvelle saison en trainant des pieds (j’ai même un temps envisagé de faire l’impasse) mais cela ne m’a pas empêché d’être rapidement happé par une très bonne intrigue essentiellement tissée au Pakistan1.
C’était intense, bien ficelé et bourré de suspense. Autant de choses que l’on commençait franchement à désespérer de revoir un jour dans Homeland.

Andrew Lockhart (Tracy Letts) devant Carrie Mathison (Claire Danes)
Andrew Lockhart (Tracy Letts) devant Carrie Mathison (Claire Danes)

Vous aurez peut-être noté que je ne parle que de onze épisodes sur une saison qui en compte pourtant douze et il ne s’agit – malheureusement – pas d’une erreur.

Je ne vais pas vous tenir en haleine plus longtemps, l’ultime épisode de cette quatrième saison est une catastrophe et renoue avec ce que les auteurs ont pu faire de pire durant les saisons précédentes.
Je crois que la dernière fois que j’ai vu un season finale aussi peu en phase avec le reste d’une saison de télévision c’était à l’occasion de la conclusion de la saison 3 de The Killing (Version US), un épisode qui se lançait dans un travail de sape ahurissant semblant chercher à rendre caduque tout ce qui avait précédé.

Nous n’en sommes pas tout à fait à ce niveau avec Homeland car ici le final ne va pas jusqu’à déconstruire ce qui a précédé mais part plutôt dans une succession de hors sujets et de clichés tous plus ennuyeux et vains les uns que les autres.
Au terme d’une saison très concentrée sur son sujet et qui ne s’est autorisée qu’un minimum de digressions (corrigeant ainsi l’un des principaux défauts historique de la série), ce final a définitivement de quoi décevoir.
La bonne nouvelle est qu’il est tellement à côté de son sujet que l’on peut (presque) en faire abstraction.

Sans trop rentrer dans le détail, je me demande si le décès de James Rebhorn (qui incarnait le père de Carrie) ne serait pas le point de départ de ce dérapage.
J’imagine sans peine les auteurs se dire que l’intégration du décès du personnage serait un bon moyen de conclure la saison. Si ce n’était pas forcément une mauvaise idée en soi, le problème est que sa mise en œuvre a été totalement ratée, au point que ce final et le reste de la saison semblent avoir été écrits par des équipes totalement différentes.
Alex Gansa, le showrunner, a vraiment échoué à assurer la cohésion de sa saison et c’est dommage.

Haissam Haqqani (Numan Acar)
Haissam Haqqani (Numan Acar)

Malgré cette déception dans la conclusion (plus que dans le dénouement) de la saison, les onze premiers épisodes sont d’une telle efficacité que c’est malgré tout sans aucune réserve que je vous conseille de regarder cette nouvelle saison pakistanaise2, y compris si vous aviez fait l’impasse sur la (ou les) précédente(s).

Accessoirement, je suis plutôt confiant concernant la saison prochaine car certaines des pistes esquissées attisent d’ores et déjà ma curiosité3.


  1. Pour mémoire, à l’instar de Strike Back, la saison a été tournée en Afrique du Sud. 
  2. Une fois le final mis de côté, mon principal grief cette saison concerne la manière dont le Pakistan est dépeint et je comprends que ses habitants aient pu se sentir trahis, tout en comprenant mieux pourquoi certaines séries situent leurs intrigues dans des pays fictifs.
    Il me semble évident que bon nombre de téléspectateurs sont ressortis du visionnage avec de sacrés préjugés sur le Pakistan, ce qui est vraiment regrettable. Sur le sujet, je vous invite à lire le papier de Marie Turcan
  3. Je m’emballe peut être un peu car c’est surtout la localisation qui se profile qui me met l’eau à la bouche… Mais il n’est pas impossible que la série n’y mette jamais les pieds. 

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