Homeland ou l’art de transformer l’or en plomb

Homeland est vraiment une série à part pour moi, je la suis plus pour ce que j’aimerais qu’elle soit que pour ce qu’elle est réellement et cela fait déjà trois saisons que cela dure.
Il arrive que la série se montre à la hauteur de mes attentes, mais la plupart du temps je sors d’un épisode plus frustré qu’autre chose.

Espionnage, terrorisme et action sur une chaîne premium comme Showtime1En même temps, jusqu’à présent, Showtime est une chaîne dont les projets sont toujours parvenus à me décevoir. Cela prend plus ou moins de temps, mais quand je vois certains naufrages artistiques et la difficulté qu’ont leurs séries à faire évoluer un statu quo, je ne peux pas m’empêcher de me demander si les exécutifs de la chaîne ne sont pas – au moins en partie – responsables de la situation en dictant certains choix créatifs. Dexter illustre bien le problème tant le grand écart entre un excellent pilote et un final d’une nullité abyssale est gigantesque., voilà un cocktail qui, sur le papier, apparaît pourtant particulièrement prometteur.

On se prend facilement à rêver d’une sorte de mélange entre quelques-unes des réussites du genre, quelque part entre Alias, Sleeper Cell ou encore Rubicon.

Damian Lewis et Claire Danes dans Homeland

Après un pilote rempli de promesses et porté par un trio de comédiens exceptionnels2Claire Danes, Mandy Patinkin et Damian Lewis., les auteurs se perdent malheureusement trop souvent dans des digressions totalement inutiles qui ne sont parfois pas sans rappeler des choses que l’on a pu voir dans 24 (24 heures chrono) et que l’on aurait franchement préféré avoir oublié.

Un phénomène qui n’est pas vraiment surprenant lorsque l’on s’attarde un peu sur les différents auteurs de Homeland puisque trois3Howard Gordon, Alex Gansa et Chip Johannessen. d’entre eux ont officié sur 24.
Ceci dit, à leur décharge, les auteurs de 24 avaient un certain nombre de contraintes dont ceux de Homeland ne peuvent pas se targuer.
La série avec Kiefer Sutherland était diffusée sur une chaine classique (la Fox), devait produire vingts quatre épisodes par saison tout en respectant la contrainte du temps réel.
Autant de difficultés qui font que l’on pouvait plus volontiers pardonner certains des errements narratifs de 24.

Rien de tout cela pour Homeland qui ne compte que douze épisodes par saison4On pourra me dire que les épisodes de Homeland sont plus longs, c’est vrai, mais même en tenant compte de ce facteur, le gap reste important. et ne souffre d’aucune contrainte au niveau de la gestion du temps dans sa narration.
Pourtant, on retrouve de grands moments de n’importe quoi comme tous ces segments consacrés à Dana, la fille de Brody, qui n’ont d’autre intérêt que de faire passer le temps et dans lesquels il est franchement très difficile de ne pas voir des réminiscences de ce que pouvait vivre Kim Bauer, la fille de Jack Bauer dans 245Ah, Kim Bauer ! Comment oublier ces grands moments de n’importe quoi que constituaient la soudaine amnésie de sa mère ou encore ses rencontres totalement improbables dans les bois pendant que son père essayait de sauver l’Amérique ?.
Au départ, l’intention de montrer l’impact de ce que vit Brody sur sa famille était évidemment louable mais force est de constater à l’arrivée que les auteurs ne sont jamais parvenus à transformer l’essai.

On peut d’ailleurs se demander si le personnage de Dana est à ce point surexploité par pure fainéantise des auteurs ou si c’est simplement parce qu’ils ont eu envie de donner plus de matériel à une jeune comédienne après s’être rendu compte que celle-ci était plutôt douée.
La distinction a peu d’importance car ce qui arrive au personnage est tellement grotesque que le talent – bien réel – de Morgan Saylor ne peut rien pour sauver son personnage du naufrage absolu. Au mieux, ce qui lui arrive provoque l’hilarité. Au pire, on s’ennuie ferme en haussant les sourcils à intervalles réguliers.

Même si certains épisodes enchaînent plutôt efficacement les révélations et les changements de statu quo (c’est notamment le cas du début de la seconde saison), il reste assez évident qu’Homeland souffre de s’être obstinée à conserver le personnage de Brody et son entourage au coeur de son intrigue au delà de sa première saison.

Damian Lewis dans Homeland

La troisième saison (Attention SPOILERS !)

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