Review, une fausse émission désopilante

C’est la rentrée et j’aurais sans doute pu (dû ?) vous parler des perles de l’été, de The Honourable Woman1Concernant The Honourable Woman, n’hésitez pas à vous tourner vers les articles de Critictoo et pErDUSA. (Brillante mini-série d’espionnage sur fond de conflit israelo-palestinien) à la seconde saison de Rectify2Pour de très bons papiers sur Rectify, rendez-vous chez Yann (pour la saison 1) ou sur le Baxterclub (sur la saison 2) notamment. (qui a confirmé la claque que nous avait mise son créateur Ray McKinnon l’année dernière), en passant par la bonne surprise horrifique The Strain qui certes plus modeste s’avère d’une efficacité assez bluffante (assez proche de The Walking Dead sur le fond, The Strain s’avère jusqu’ici3Petit bémol quand même, le dernier épisode en date de The Strain – son huitième – était assez décevant avec un huis clos que l’on a l’impression d’avoir déjà vu un bon million de fois aussi bien à la Télévision qu’au Cinéma. Pour un avis sur le démarrage de la série, rendez-vous chez Pierre Serisier. nettement plus convaincante en terme d’écriture). Mais tout en vous les recommandant chaleureusement toutes les trois, j’avais envie de revenir sur une série nettement plus confidentielle mais qui mérite néanmoins que l’on s’y attarde, cette série c’est Review.

Andy Daly (accompagné de Fred Willard)
Forrest (Andy Daly) s’apprêtant à reviewer les voyages dans l’espace !

Voilà une série qui se cache derrière un titre particulièrement générique, une série à côté de laquelle je serais sans doute passée si je n’en n’avais pas écouté la review dans l’excellent Podcast de Dan Feinberg et Alan Sepinwall (Firewall & Iceberg).

Si, comme son titre le laisse deviner, Review parle effectivement de reviews (« critiques » en bon français), Forrest MacNeil – son personnage principal – ne donne pas dans la traditionnelle critique de livre, film ou série. Il est en effet nettement plus ambitieux en s’efforçant d’offrir à ses téléspectateurs des critiques d’expériences de vie et le moins que l’on puisse dire est que MacNeil est vraiment prêt à donner de sa personne pour y parvenir.

Sur la forme, on assiste à une fausse émission titrée… « Review with Forrest MacNeil » et il n’y a pas de mise en abîme en tant que telle puisque chaque plan – en tout cas pour autant que je me souvienne – est vraiment présenté comme une image de l’émission de Forrest MacNeil. Portée par un Andy Daly qui cumule les casquettes (principal interprète et créateur), la série joue vraiment la carte de la fausse émission jusqu’au bout.

Plus concrètement, Forrest va essayer tout ce que ses téléspectateurs lui demanderont. Le résultat est une émission (et donc une série) qui comporte trois critiques d’environ 7 minutes par épisode. Finalement, le générique de la série dans lequel on voit MacNeil s’essayer à quelques expériences comme « Rencontrer le président » (On le voit se prendre une décharge de Taser), « Participer à des émeutes » (Il apparait avec un foulard sur le visage en train de lancer un cocktail molotov en criant « Viva la revolucion ! ») est assez clair sur ce que l’on peut attendre de la série.

Andy Daly dans Review with Forrest MacNeil

C’est bien rythmé, souvent drôle mais surtout extrêmement bien construit sur la durée4Et c’est cette construction cumulative qui rend la série de plus en plus drôle à mesure que les épisodes et les reviews s’enchaînent. tant l’enchaînement des épisodes (et des reviews) a été pensé pour raconter une histoire sur Forrest.

Alors que j’ai souvent du mal avec les comédies5Girls, Louie ou plus récemment Silicon Valley sont les quelques comédies à trouver grâce à mes yeux ces dernières années., je suis totalement tombé sous le charme de Review et je vous invite à la découvrir, d’autant que l’engagement est minimal puisque cette première saison6A noter que Comedy Central a confirmé que la série serait reconduite pour une seconde saison. ne compte que neuf petits épisodes d’une vingtaine de minutes chacun.

Voici la liste des critiques proposées au cours de cette première saison :

  • Voler
  • Être accroc à la drogue
  • Aller au bal de fin d’année du lycée
  • Faire une Sex Tape
  • Être raciste
  • Chasser
  • Manger 15 Pancakes
  • Divorcer
  • Manger 30 Pancakes
  • Coucher avec une célébrité
  • Être Batman
  • Avoir un meilleur ami
  • Aller dans l’espace
  • Être un fou du volant
  • Participer à une orgie
  • Se venger
  • S’enrichir rapidement
  • ‘There All is Aching’ (intraduisible)
  • Épouser une inconnue
  • Être en fuite
  • Être le boute-en-train d’une soirée
  • Démissionner
  • Vivre son dernier jour
  • Être irlandais… Tout en restant en Amérique

Fargo, LA mini-série à découvrir

Après l’énorme enthousiasme suscité par True Detective, une nouvelle mini-série (ou anthologie ?) a fait parler d’elle sur le câble US et bien que l’engouement soit resté nettement plus limité lorsqu’on le compare à la folie qui a entouré la mini de HBO, pour ma part, j’ai pris beaucoup plus de plaisir devant Fargo que devant la série construite autour de Matthew McConaughey et Woody Harrelson.

Alors que True Detective emportait surtout l’adhésion avec son duo de comédiens et son esthétique fascinante magnifiant la Louisiane, Fargo parvient à faire de même dans un État nettement plus froid à savoir le Minnesota.
A mon sens, Fargo se distingue vraiment en nous offrant une galerie de personnages d’une richesse évidente qui constitue un univers nettement plus dense que ce que nous avait proposé l’anthologie de HBO qui misait beaucoup (trop ?) sur ses deux stars au point de transformer ses personnages périphériques en simples accessoires.

En effet, là où Nic Pizzolatto concentrait son intrigue sur l’histoire de deux flics7Et là, c’était un peu la question de l’œuf ou de la poule. Est-ce que Harrelson et McConaughey ont été choisis parce que le récit était ultra concentré sur leurs personnages ? Ou bien est-ce que le récit est à ce point centré sur leurs personnages parce que les deux comédiens étaient associés au projet ? Vous me direz, on s’en fout et vous aurez raison puisque le résultat final est le même., Noah Hawley – le showrunner de Fargo – fait preuve de nettement plus d’ambition en dressant un univers riche et complexe car, bien que la série repose également sur un duo de comédiens particulièrement brillant (en l’occurrence Billy Bob Thornton et Martin Freeman aussi impeccables l’un que l’autre), Fargo parvient à offrir de nombreux seconds rôles convaincants que ce soit au travers de la révélation Allison Tolman (qui devient d’ailleurs rapidement bien plus qu’un second rôle) que de Colin Hanks, Kate Walsh ou encore Keith Carradine mais la liste est loin d’être exhaustive.

Lester Nygaard (Martin Freeman) et Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)
Lester Nygaard (Martin Freeman) et Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)

En terme d’écriture, j’ai été assez fasciné par la manière dont les auteurs de Fargo ont construit les personnages incarnés par Allison Tollman (Molly Solverson) et Colin Hanks (Gus Grimly) comme de parfaits contraires de ceux campés par Billy Bob Thornton (Lorne Malvo) et Martin Freeman (Lester Nygard).
En effet, les personnalités de Lorne et Molly sont assez proches, tous deux sont brillants, rigoureux et totalement dévoués à ce qu’ils font. De la même manière, Lester et Gus sont deux grands timides, maladroits qui apparaissent au premier abord comme de parfaits losers.
Pourtant, Lorne et Molly, tout comme Lester et Gus n’en demeurent pas moins diamétralement opposés.

A côté de cela, True Detective apparaissait un poil8Notez comme je manie l’euphémisme ! Promis, après cet article, j’arrête j’essaie d’arrêter de dire du mal de True Detective ! ;) prétentieuse ce qui n’avait pas manqué de rendre son dénouement gentiment con-con particulièrement décevant (en même temps, il est toujours difficile d’offrir une conclusion satisfaisante lorsque l’on prend le chemin ultra-balisé du whodunit…).

Au contraire, Fargo a pu nous offrir une intrigue nettement plus organique en ne jouant pas la carte du mystère mais en se contentant de nous raconter une histoire finie sur 10 épisodes. C’était souvent drôle et glaçant à la fois, parfois étrange mais en tout cas toujours passionnant.
Et puis en terme de ton et d’atmosphère, j’avoue que c’est la toute première fois que je retrouve un petit air de Breaking Bad dans une série, je ne saurais trop l’expliquer mais la seule présence de Bob Odenkirk (le Saul Goodman de Breaking Bad et bientôt de Better Call Saul) ne suffit pas à provoquer ce sentiment. Peut-être est-ce tout simplement le fait que le personnage de Lester renvoie par bien des aspects à un certain Walter White

Fargo

Bref, si je ne nie pas que True Detective mérite le coup d’oeil, pour moi, la vraie surprise côté mini-séries9Bien que HBO essaie de nous faire croire que True Detective soit une série traditionnelle en la soumettant dans la dite catégorie pour les Emmy Awards, personne n’est dupe. A noter que Fargo a finalement décroché 18 nominations en étant présentée en tant que mini-série tandis que True Detective en a accroché 13 en tant que Drama traditionnelle. Quoi qu’il en soit, le fait que les deux minis ne concourent pas dans la même catégorie est vraiment une aberration totale ! du premier semestre 2014 est définitivement Fargo.

Bonne nouvelle, il semble que la mise en chantier d’une seconde saison qui transformera le projet en anthologie se confirme (en même temps, c’est tellement dans l’air du temps que cela ne devrait pas surprendre grand monde). Aux dernières nouvelles, Fargo reviendrait sur FX à la rentrée 2015.
Quoi qu’il en soit, les futurs projets de Noah Hawley sont à suivre de très près !

PS: En écrivant cet article, je n’ai ressenti aucun besoin de comparer la série au film homonyme des frères Coen, simplement parce que Hawley s’est bien gardé d’en faire une bête adaptation.
Au contraire, il s’est « contenté » d’en capter l’atmosphère si particulière pour nous raconter une histoire totalement inédite, un choix qui s’est avéré payant.

Mafiosa et les séries Canal+

Les séries françaises sont souvent décriées et certains n’hésitent pas à en parler comme si elles étaient toutes plus mauvaises les une que les autres.
Pourtant, certains projets ont montré que série française et qualité n’étaient pas forcément deux notions incompatibles.

A mon sens, c’est Canal+ avec Mafiosa et Engrenages qui a vraiment démontré que la télévision française était capable de produire de grandes séries dépeignant des univers riches et denses tout en s’inscrivant dans la durée10Attention, je ne dis pas que tout ce qui a précédé est à mettre à la poubelle, j’ai apprécié Police District, Les Beaux mecs ou encore Les Hommes de l’ombre (entre autres) mais Mafiosa et Engrenages me semblent avoir atteint un nouveau pallier sur le plan qualitatif..

Engrenages et Mafiosa ont démarré respectivement en 2005 et 2006 sur une première saison assez fragile mais, dans les deux cas, la production a su se remettre en question pour repartir sur des bases solides en saison 2. Pour Engrenages, le salut passe par l’arrivée de Virginie Brac à l’écriture qui offrira une excellente saison 2 sur laquelle les deux saisons suivantes ont su s’appuyer pour enrichir encore le récit et les personnages.

Hélène Fillières (Sandra Paoli)
Hélène Fillières (Sandra Paoli)

Dans le cas de Mafiosa, ce sont les arrivées de Éric Rochant (réalisateur et scénariste) et Pierre Leccia (scénariste) qui apportent une nouvelle identité à la série en renforçant notamment l’idée de clans au travers de l’introduction de personnages tels que Toussaint (Jean-Pierre Kalfon), Tony (Éric Fraticelli) et Manu (Frédéric Graziani).
Eric Rochant parviendra même à obtenir que la série soit tournée en Corse pour sa troisième saison (le tournage des deux premières saisons s’était déroulé en Provence), ça semble anecdotique mais cela apporte une certaine authenticité à Mafiosa.
A l’instar d’Engrenages, chaque nouvelle saison de Mafiosa parvient à surpasser qualitativement la précédente tout en s’appuyant sur les bases posées par cette dernière.

La cinquième saison de la série offre un ultime chapitre particulièrement réussi à la série en creusant les trois principales thématiques chères à ses auteurs à savoir la famille, l’amitié et l’amour. L’écriture est plus ciselée que jamais avec moins d’intrigues périphériques que par le passé ce qui permet au récit d’être plus concentré sur ses principaux protagonistes et de nous proposer une conclusion à la hauteur de nos attentes.
En saison 3, lorsque le tournage de la série s’est déroulé pour la première fois en Corse, la production avait évoqué le fait qu’un tournage en Corse était une entreprise coûteuse et que pour équilibrer le budget, ils avaient fait le choix de diminuer le nombre d’acteurs et de décors. On peut se demander si ils n’ont pas souhaité faire encore un peu plus d’économies à l’occasion de cette dernière saison. Mais à la limite, peu importe puisque le résultat est une franche réussite et cette saison 5 est à mes yeux la plus réussie de la série.

Charlie (Asia Argento)
Charlie (Asia Argento)

La production a également dû s’adapter au décès de Frédéric Graziani des suites d’une longue maladie, le comédien qui incarnait avec brio le personnage de Manu depuis la saison 2 était progressivement devenu l’un des personnages clés de la série au travers du duo qu’il formait avec Éric Fraticelli (Tony).
Plutôt que de partir dans un travail de réécriture qui aurait forcément retarder le projet et dont le résultat aurait sans doute été beaucoup moins organique, il fut décidé de remplacer le comédien au pied levé et c’est à un certain Philippe Corticchiato que cette lourde tâche a incombé.
L’homme, plus connu sous le nom de Philippe Corti (ou DJ Corti), a une carrière pour le moins atypique puisqu’il a joué les DJ dans quelques émissions de Thierry Ardisson (Tout le monde en parle) et Intervilles et qu’il est également la voix-off des Enfants de la télé depuis 2011.
Pour le côté sulfureux (et histoire de brièvement sombrer dans le hors sujet), au milieu des années 90, le bonhomme a passé deux ans en prison pour avoir été mêlé à une affaire de drogue dans la boîte tropézienne dans laquelle il officiait à l’époque en tant que DJ.
Bref, même si j’étais convaincu que le choix de conserver Tony et Manu au coeur de l’intrigue de la série était le bon, j’avoue avoir eu quelques inquiétudes lorsque j’ai découvert qui allait incarner le nouveau Manu. Et bien, je dois avouer que j’ai été très vite rassuré par Philippe Corticchiato qui offre une excellente prestation dans cette saison 5, rendant ainsi un très bel hommage à son prédécesseur sans jamais tomber dans l’imitation. Il a un vrai charisme et son duo avec Éric Fraticelli fonctionne à merveille et, sincèrement, je ne m’attendais vraiment pas à apprécier autant son travail sur la série.

Carmen Paoli (Phareelle Onoyan)
Carmen Paoli (Phareelle Onoyan)

Mafiosa est la première grande série de Canal+ a tirer sa révérence et force est de reconnaître que c’est une belle réussite.

Ceci dit, Canal+ reste malgré tout capable du meilleur comme du pire comme est venu le montrer la saison 3 de Braquo, une série qui s’est construite comme une réponse à la française à The Shield (à ne pas confondre avec la série Marvel actuellement proposée sur ABC) mais dont l’écriture est tellement bordélique que l’on se demande si quelqu’un sait vraiment où va à la série. Et ne parlons pas de la manière donc les acteurs débitent leur texte sans jamais donner l’impression d’y croire (mention spéciale à un Jean-Hugues Anglade en roue libre depuis trois saisons).
Par ailleurs, le mode de diffusion de Canal+ reste également assez discutable, avec des saisons de huit épisodes11Engrenages qui compte 12 épisodes depuis sa saison 3 fait pour le moment figure d’exception. (diffusés par paquet de deux), chaque saison est expédiée en 3 petites semaines12On n’est finalement pas très loin du modèle Netflix (qui devrait débarquer à la rentrée dans l’hexagone) que Canal+ a d’ailleurs calqué pour cette ultime tour de piste de Mafiosa en mettant l’intégralité de la saison sur Canal+ à la demande dès la première soirée de diffusion.. Pire encore, l’attente entre deux saisons est en générale supérieure à deux ans.

Bref, apprécier les séries Canal+ c’est aussi savoir s’armer de patience13Cela présente parfois des avantages car si la production de Mafiosa ne s’était pas étalée sur une période 8 ans, il aurait été difficile d’offrir une telle évolution au personnage de Carmen Paoli. Pour mémoire, Phareelle Onoyan avait 14 ans lorsque Mafiosa a démarré.… Une patience dont vous n’aurez pas besoin si vous n’avez pas encore vu Mafiosa et que vous choisissez de la découvrir cet été14Tant que vous y êtes, si ce n’est pas déjà fait, c’est également l’occasion de vous mettre à jour sur Engrenages dont la cinquième saison est annoncée pour la rentrée ;) (la série est disponible en DVD ainsi que sur iTunes).

The Good Wife signe sa meilleure saison

Cette saison, les auteurs de The Good Wife ont réussi un sacré tour de force en nous offrant la meilleure saison de la série à ce jour, une réussite qui doit pourtant beaucoup à un évènement qui s’est imposé à eux.

Une fois n’est pas coutume, la quasi-intégralité de cet article contient des spoilers sur la cinquième saison de la série, je vous invite donc à en reporter la lecture si vous ne l’avez pas encore vue…

Attention, la suite de cet article contient des SPOILERS majeurs sur la saison 5

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Spartacus, retour sur une réussite inattendue

Après avoir parlé de Homeland et House of Cards qui sont probablement deux des séries les plus surestimées de ces dernières années, quoi de plus normal que d’aborder une des séries les plus injustement mésestimée à savoir Spartacus.

Je ne jetterai la pierre à personne car je n’ai moi-même découvert la série qu’en tout début d’année dernière15Ce sont notamment les articles de Tigrou et Jéjé sur pErdUSA (ainsi que la seconde partie de leur podcast numéro 34) qui ont achevé de me motiver. Merci à eux ! alors que son destin était déjà scellé puisque la chaîne Starz et la production s’étaient mis d’accord pour que la troisième saison16La série compte trois saisons de 10 à 13 épisodes auxquelles vient s’ajouter une mini-série en 6 épisodes qui est une préquelle et fut diffusée entre les deux premières saisons de la série. clôture définitivement le projet malgré un joli succès d’audience17La série est le plus gros succès historique de la petite chaîne à péage Starz.. Un choix qui force le respect à l’heure où tant de séries sont prolongées bien au delà de leur date de péremption pour de simples raisons économiques.

Lucretia (Lucy Lawless) dans Spartacus
Lucretia (Lucy Lawless)

Si j’ai longtemps honteusement snobé la série, ce n’était pas tellement à cause de son ultra-violence ou de l’omniprésence du sexe mais plutôt du fait de son esthétique extrêmement cheap.
Et, il faut bien se rendre à l’évidence, visuellement, le pilote de Spartacus ressemble plus à un ersatz sans le sou de 300 qu’à une série haut de gamme façon Rome sur HBO.
Pourtant, dès lors que l’on se laisse happer par le souffle épique de la série, il devient rapidement évident que Spartacus a bien plus à offrir que du sang, des fesses et des effets spéciaux d’un goût douteux.
Même si le sexe et la violence en font une série à ne pas mettre devant tous les yeux (son interdiction au moins de 16 ans en France est tout sauf une surprise), Spartacus offre surtout une épopée aussi riche que intense en proposant une relecture véritablement passionnante d’une histoire pourtant archi-connue.

Assez rapidement, on se fait à l’esthétique surréaliste de la série qui, même si elle reste assez cheap, permet aux auteurs de totalement laisser libre cours à leur imagination. Ce qui est au premier abord la principale limite de la série devient rapidement une de ses principales forces et on se retrouve avec des batailles colossales qu’aucune autre série n’avait jusqu’ici osé mettre en images18En terme de démesure, Game of Thrones et son Blackwater peuvent aller se rhabiller..

Le plus amusant sur cette question de forme de la série est que celle-ci était en fait une figure imposée par les producteurs à Steven S. DeKnight, créateur et showrunner de Spartacus. En effet, ce look à la 300 avait été vendu à la chaîne avant même qu’un showrunner ne soit associé au projet.
Quand DeKnight – scénariste ayant officié sur Smallville (personne n’est parfait), Buffy et Angel – rejoint le projet, il doit intégrer ce facteur dans son travail.
Au passage, après avoir vu l’intégrale de la série, difficile de ne pas saluer le travail du bonhomme sur Spartacus. Ce qui n’était qu’une série de commande s’avère être à l’arrivée une bien belle réussite narrative.
Je ne peux m’empêcher de saliver à l’idée de ce que pourrait nous proposer Steven DeKnight à partir d’un matériel plus personnel…

Ilithyia (Viva Bianca) et Gaius Claudius Glaber (Craig Parker)
Ilithyia (Viva Bianca) et
Gaius Claudius Glaber (Craig Parker)

Son créateur le reconnait lui-même, Spartacus a eu quelques difficultés à l’allumage et on sent bien durant ses deux ou trois premiers épisodes qu’elle se cherche… mais dès lors qu’elle se trouve, son caractère épique ne la quittera plus jusqu’à sa conclusion… une sacrée gageure !
Pour mémoire, comme c’est généralement le cas pour les séries du câble, Spartacus n’a pas eu de pilote en tant que tel puisqu’elle a immédiatement démarré sur une commande de 13 épisodes.
Du coup, l’énorme challenge technique auquel la série se trouvait confrontée (obtenir un look à la 300 avec un budget et un rythme de production de télévision) a dû être adressé à chaud, Il n’était pas possible de tourner une seconde version du pilote puisqu’une semaine après le tournage de celui-ci, le tournage du second épisode démarrait.

Sur le fond, la caractérisation des personnages est une belle réussite superbement accompagnée par un casting pourtant essentiellement composé d’inconnus (australiens pour la plupart).
Clairement, la plus grande force de Spartacus réside dans sa faculté à faire avancer son intrigue rapidement sans que cela ne paraisse jamais forcé tout en ne s’interdisant pas de se débarrasser de tel ou tel personnage pour les besoins de l’intrigue.
Quel que soit le camp des personnages, ceux-ci sont toujours particulièrement riches avec une mention spéciale pour le mémorable couple Batiatus (campé par John Hannah et Lucy Lawless) qui sont de véritables crevures mais parviennent à fasciner malgré tout.
C’est aussi cela la force de la série, réussir à rendre attachants d’authentiques salopards.

Ilithyia (Viva Bianca) et Lucretia (Lucy Lawless) dans Spartacus
Ilithyia (Viva Bianca) et Lucretia (Lucy Lawless)

You appear as honorable man, yet attempt to slip cock in ass (Batiatus)

La manière dont les auteurs s’amusent avec la langue est une autre des grandes réussites de Spartacus. L’intention n’est évidemment pas de rechercher un quelconque réalisme historique mais plutôt de créer un language à la fois moderne, vulgaire et désuet en déstructurant l’argot d’aujourd’hui. Cela donne des choses assez savoureuses dans le ton de ces quelques exemples :

Words fall from your mouth as shit from ass. (Vettius)

A Gladiator does not fear death. He embraces it. Caresses it. Fucks it. Each time he enters the arena, he slips his cock in the mouth of the beast, and prays to thrust home before the jaws snap shut. (Oenomaus)

Difficile de ne pas sourire en entendant les personnages tenir de tels propos et j’avoue me demander comment la version française a bien pu s’en tirer (ou pas…) avec un matériel à ce point particulier (c’est déjà compliqué en temps normal, mais là les personnes chargées de l’adaptation ont vraiment dû s’arracher les cheveux !).

Spartacus

Quant au sexe et à la nudité qui sont très présents dans Spartacus, ils sont intégrés dans la narration de manière nettement plus intelligentes et naturelles que dans beaucoup d’autres séries actuelles (Banshee et Strike Back viennent en tête).
Pour ce qui est de la violence, on parle de Rome antique et de gladiateurs donc, là encore, difficile de faire une série tous publics. Les auteurs ont choisi de montrer la violence en plein champ ce qui décuple son impact. Certains ne manqueront pas d’y voir de la pure exploitation, d’autres une manière de dépeindre la brutalité de l’époque.
Même si le rendu est ultra-stylisé et donc pas forcément réaliste (en accord avec le ton visuel général de la série), la violence ici fait presque mal aux téléspectateurs.
Quoi qu’il en soit, après avoir vu les quelques combats de gladiateurs à la sauce Parc Astérix du film Pompéi, je me dis que je préfère nettement l’approche frontale de Spartacus.

Un an après après que Spartacus ait tiré sa révérence, c’est toujours avec un petit pincement au cœur que je repense à cette série qui a su me captiver bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer durant 39 épisodes.

Pour mémoire, la série a eu à gérer la maladie de l’interprète de Spartacus à l’issue de sa première saison. Le très convaincant Andy Whitfield s’est en effet vu diagnostiquer un cancer au printemps 2010.
Les auteurs et la chaîne ont alors décidé de repousser le tournage de la seconde saison et de mettre en chantier une mini-série en 6 épisodes dont l’action se déroule avant les évènement montrés durant la première saison.
Malheureusement, Andy Whitfield ne parviendra pas à prendre le dessus sur la maladie et donnera son accord pour qu’une nouvelle saison soit mise en production avec un nouveau comédien dans le rôle titre.
C’est à Liam McIntyre qu’incombera la lourde de tâche de succéder à Whitfield, ce dernier fut malheureusement emporté par la maladie en septembre 2011.

Andy Whitfield, l'inteprête de Spartacus durant la première saison
Andy Whitfield, l’interprète de Spartacus
durant la première saison

A noter qu’un coffret DVD ou Blu-ray français propose une prétendue « intégrale » de la série qui n’inclut pas l’ultime saison.
Un « oubli » absolument inexcusable d’autant que la dernière saison a été diffusée aux USA près de 6 mois avant la sortie de ce fameux coffret.
Bref, l’éditeur mériterait d’être mis dans l’arène avec Spartacus !
Côté VoD, le bilan n’est malheureusement guère plus satisfaisant puisqu’aucun service ne propose l’intégrale de la série (CANALPLAY et Orange ne proposent qu’une partie de la série).

Enfin, fin 2012, Deadline révélait qu’un spin-off consacré à Jules César était envisagé par la chaîne Starz, il semble malheureusement que ce projet ait été relégué aux calendes grecques. C’est bien dommage d’autant que ce ne sont pas les dernières créations originales de la chaîne19Da Vinci’s Demons et Black Sails. qui réussiront à faire oublier Spartacus.

Pour ma part, je dois même avouer que j’aurais sans doute été beaucoup plus enthousiasmé par l’arrivée d’un César à la sauce Spartacus que je ne le suis par l’arrivée prochaine de Better Call Saul, le spin-off de la regrettée Breaking Bad qui me semble un peu trop forcée20Better Call Saul semble un peu trop être le résultat d’un meeting dans lequel des exécutifs se seraient demandés comment surfer et capitaliser sur le succès (mérité) de Breaking Bad… J’espère que Vince Gilligan et ses troupes me feront mentir cet automne ! et aura bien du mal à arriver à la cheville de sa grande sœur.