La série judiciaire, symbole des mutations en cours dans la consommation de séries ?

Parti pour rédiger un billet sur Engrenages1C’est donc partie remise pour l’excellente série de Canal+.je me suis retrouvé à écrire sur les séries policières et juridiques en général avant de déboucher sur les mutations en cours dans la consommation de séries…

Bref, désolé pour le caractère assez digressif de cet article :)

Qu’elle soit policière, juridique ou quelque part entres les deux, il existe deux grandes façons de construire une série judiciaire.
On peut s’appuyer sur un concept qui rythmera ses épisodes de manière quasi-immuable et qui tendra à les rendre indépendants les uns des autres ou au contraire construire une intrigue plus dense qui s’étalera sur plusieurs épisodes (idéalement une saison).

Kalinda Sharma (Archie Panjabi) et Alicia Florrick (Julianna Margulies) dans The Good Wife
Kalinda Sharma (Archie Panjabi) et Alicia Florrick (Julianna Margulies) dans The Good Wife

La première catégorie a longtemps fait figure de norme mais semble un peu à bout de souffle aujourd’hui. Toutes ses représentantes ou presque injectent de plus en plus d’éléments feuilletonnants à leurs intrigues afin de donner au téléspectateur une raison supplémentaire de revenir épisode après épisode.
A mes yeux, actuellement, la plus grande réussite du genre est The Good Wife qui, bien qu’elle reste un procédural avec son affaire de la semaine (même si elle s’en dispense de plus en plus régulièrement ces derniers temps), parvient à développer une grande histoire depuis déjà six saisons. Sur un grand network avec plus de vingts épisodes à produire chaque saison, c’est tout de même une sacrée gageure !
Alors évidemment, la contre-partie de ce choix est que cela rend la série nettement moins accessible pour le téléspectateur occasionnel qu’une New York Police Judiciaire (Law & Order, qui – 25 ans après sa création – reste à mes yeux le maître étalon de la catégorie).

Chris Noth et Jerry Orbach à la grande époque de Law & Order / New York Police Judiciaire
Chris Noth et Jerry Orbach à la grande époque de Law & Order / New York Police Judiciaire

Plutôt rare par le passé (je pense à Twin Peaks et Murder One2Deux séries qui après d’excellents démarrages se sont rapidement effondrées sur le plan des audiences.), l’alternative qui consiste à raconter une histoire se déroulant sur plusieurs épisodes s’est considérablement développée depuis une quinzaine d’années et ce, tout particulièrement sur les chaînes à péage qui peuvent plus facilement se permettre de perdre des téléspectateurs en cours de route si leurs séries restent encensées par la critique (on pense bien sûr à The Wire et à ses audiences anémiques sur HBO).
Plus récemment, une vague de thrillers européens a également donner un nouveau coup de fouet au genre (Forbrydelsen et son adaptation américaine The Killing; Bron et ses adaptations The Bridge et Tunnel; Broadchurch et son adaptation américaine et – bientôt – française; mais également Engrenages qui était précurseur de cette nouvelle vague dès 2005).

Le fait que la série judiciaire façon Law & Order ou Les Experts tende aujourd’hui à disparaître est à mon avis la conséquence de deux facteurs.
Tout d’abord, nous ne sommes plus dans les années 90 où, si vous aviez manqué un épisode, vous aviez bien peu de chance de pouvoir rattraper votre retard.
Aujourd’hui, entre les services de rattrapage des chaînes elles-mêmes, les services de streaming ou encore les sites de vidéos à la demande, il est de plus en plus simple de se mettre à jour.
Ensuite, j’ai le sentiment que la manière dont le grand public appréhende les séries a considérablement changé, au point que le téléspectateur moyen soit aujourd’hui bien plus prompt à s’engager sur une série que par le passé.

The Wire
The Wire

Finalement, l’évolution de la série judiciaire illustre assez bien la période actuelle. La manière de consommer des séries est en pleine mutation, les services de Replay ont la côte et les services de vidéos à la demande sur abonnement (SVOD, tels que Canalplay ou Netflix) sont en pleine explosion.
L’offre n’a jamais été aussi riche et facile d’accès.

Dans ce contexte, les audiences des grands networks sont en berne car ceux-ci vivent toujours avec cette contrainte qui les oblige à réunir un maximum de téléspectateurs devant leur poste sur chaque case horaire3Un concept de case horaire qui, en dehors de grands événement ponctuels, est condamné tant il me semble évident que les enfants d’aujourd’hui n’y adhéreront jamais..

Par ailleurs, bien que cette pratique soit aujourd’hui utilisée avec plus de parcimonie, les annulations massives de programmes après seulement quelques semaines de diffusion que l’on a pu connaître par le passé ont beaucoup écorné l’image des networks auprès du public (et tout particulièrement auprès du public le plus susceptible de s’intéresser à des projets « différents »), ce qui tend mécaniquement à tirer leur production vers le plus petit dénominateur commun4Il y a bien sûr des exceptions mais le plus souvent celles-ci perdurent pour des raisons qui ont bien peu à voir avec les audiences (succès critique qui redore l’image de la chaîne, excellentes ventes à l’international…).
Les networks trouveront-ils des solutions pour nous offrir à nouveau des projets ambitieux ? Rien n’est moins sûr.

Espérons surtout que les services de SVOD (et accessoirement le piratage) ne siphonneront pas les abonnés des chaînes à péage afin que celles-ci conservent les moyens de produire toujours plus de bonnes séries.
S’il fallait compter sur les seuls services de SVOD pour produire des contenus de qualité, le monde des séries serait bien triste…
Le risque à moyen terme me semble réel car la mutation entamée n’en est qu’à ses balbutiement et les réponses annoncées par HBO notamment5La chaîne va enfin proposer une option d’abonnement 100% en ligne. risquent de ne pas être suffisantes pour convaincre le grand public car, même si le montant des abonnements peut se justifier, il va devenir de plus en plus difficile de convaincre le grand public d’accepter de payer 10 à 20$/€ pour chaque chaîne Premium lorsque les acteurs de la SVOD propose un catalogue pléthorique pour seulement 8,99$/€.
Pas sûr qu’il soit évident de faire comprendre au (télé)spectateur lambda que la qualité du catalogue futur des acteurs de la SVOD est directement conditionnée par la production des autres acteurs.

Sarah Lund (Sofie Gråbøl) dans Forbrydelsen
Sarah Lund (Sofie Gråbøl) dans Forbrydelsen

L’industrie audiovisuelle restera en crise tant qu’elle ne proposera pas une alternative globale au piratage.
Les services de SVOD sont un début de réponse mais ils ne peuvent en aucun cas rester la seule réponse.
En effet, en admettant qu’un Canalplay ou un Netflix soit en mesure de proposer une offre quasi-exhaustive dont la profondeur pourrait rivaliser avec ce que propose l’offre illégale, cela impliquerait que les chaînes qui produisent l’écrasante majorité des séries actuelles soient devenues obsolètes.
Si tel était le cas, la production viendrait immanquablement à se tarir.

Tout l’enjeu est donc de trouver une solution qui permette au public d’accéder simplement (et bien sûr légalement) à une offre riche et complète tout en garantissant la qualité et la diversité de la production.

Voilà une problématique d’une complexité abyssale. Le temps presse et les acteurs du secteur vont devoir y répondre de manière pertinente et efficace.

Fargo, LA mini-série à découvrir

Après l’énorme enthousiasme suscité par True Detective, une nouvelle mini-série (ou anthologie ?) a fait parler d’elle sur le câble US et bien que l’engouement soit resté nettement plus limité lorsqu’on le compare à la folie qui a entouré la mini de HBO, pour ma part, j’ai pris beaucoup plus de plaisir devant Fargo que devant la série construite autour de Matthew McConaughey et Woody Harrelson.

Alors que True Detective emportait surtout l’adhésion avec son duo de comédiens et son esthétique fascinante magnifiant la Louisiane, Fargo parvient à faire de même dans un État nettement plus froid à savoir le Minnesota.
A mon sens, Fargo se distingue vraiment en nous offrant une galerie de personnages d’une richesse évidente qui constitue un univers nettement plus dense que ce que nous avait proposé l’anthologie de HBO qui misait beaucoup (trop ?) sur ses deux stars au point de transformer ses personnages périphériques en simples accessoires.

En effet, là où Nic Pizzolatto concentrait son intrigue sur l’histoire de deux flics6Et là, c’était un peu la question de l’œuf ou de la poule. Est-ce que Harrelson et McConaughey ont été choisis parce que le récit était ultra concentré sur leurs personnages ? Ou bien est-ce que le récit est à ce point centré sur leurs personnages parce que les deux comédiens étaient associés au projet ? Vous me direz, on s’en fout et vous aurez raison puisque le résultat final est le même., Noah Hawley – le showrunner de Fargo – fait preuve de nettement plus d’ambition en dressant un univers riche et complexe car, bien que la série repose également sur un duo de comédiens particulièrement brillant (en l’occurrence Billy Bob Thornton et Martin Freeman aussi impeccables l’un que l’autre), Fargo parvient à offrir de nombreux seconds rôles convaincants que ce soit au travers de la révélation Allison Tolman (qui devient d’ailleurs rapidement bien plus qu’un second rôle) que de Colin Hanks, Kate Walsh ou encore Keith Carradine mais la liste est loin d’être exhaustive.

Lester Nygaard (Martin Freeman) et Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)
Lester Nygaard (Martin Freeman) et Lorne Malvo (Billy Bob Thornton)

En terme d’écriture, j’ai été assez fasciné par la manière dont les auteurs de Fargo ont construit les personnages incarnés par Allison Tollman (Molly Solverson) et Colin Hanks (Gus Grimly) comme de parfaits contraires de ceux campés par Billy Bob Thornton (Lorne Malvo) et Martin Freeman (Lester Nygard).
En effet, les personnalités de Lorne et Molly sont assez proches, tous deux sont brillants, rigoureux et totalement dévoués à ce qu’ils font. De la même manière, Lester et Gus sont deux grands timides, maladroits qui apparaissent au premier abord comme de parfaits losers.
Pourtant, Lorne et Molly, tout comme Lester et Gus n’en demeurent pas moins diamétralement opposés.

A côté de cela, True Detective apparaissait un poil7Notez comme je manie l’euphémisme ! Promis, après cet article, j’arrête j’essaie d’arrêter de dire du mal de True Detective ! ;) prétentieuse ce qui n’avait pas manqué de rendre son dénouement gentiment con-con particulièrement décevant (en même temps, il est toujours difficile d’offrir une conclusion satisfaisante lorsque l’on prend le chemin ultra-balisé du whodunit…).

Au contraire, Fargo a pu nous offrir une intrigue nettement plus organique en ne jouant pas la carte du mystère mais en se contentant de nous raconter une histoire finie sur 10 épisodes. C’était souvent drôle et glaçant à la fois, parfois étrange mais en tout cas toujours passionnant.
Et puis en terme de ton et d’atmosphère, j’avoue que c’est la toute première fois que je retrouve un petit air de Breaking Bad dans une série, je ne saurais trop l’expliquer mais la seule présence de Bob Odenkirk (le Saul Goodman de Breaking Bad et bientôt de Better Call Saul) ne suffit pas à provoquer ce sentiment. Peut-être est-ce tout simplement le fait que le personnage de Lester renvoie par bien des aspects à un certain Walter White

Fargo

Bref, si je ne nie pas que True Detective mérite le coup d’oeil, pour moi, la vraie surprise côté mini-séries8Bien que HBO essaie de nous faire croire que True Detective soit une série traditionnelle en la soumettant dans la dite catégorie pour les Emmy Awards, personne n’est dupe. A noter que Fargo a finalement décroché 18 nominations en étant présentée en tant que mini-série tandis que True Detective en a accroché 13 en tant que Drama traditionnelle. Quoi qu’il en soit, le fait que les deux minis ne concourent pas dans la même catégorie est vraiment une aberration totale ! du premier semestre 2014 est définitivement Fargo.

Bonne nouvelle, il semble que la mise en chantier d’une seconde saison qui transformera le projet en anthologie se confirme (en même temps, c’est tellement dans l’air du temps que cela ne devrait pas surprendre grand monde). Aux dernières nouvelles, Fargo reviendrait sur FX à la rentrée 2015.
Quoi qu’il en soit, les futurs projets de Noah Hawley sont à suivre de très près !

PS: En écrivant cet article, je n’ai ressenti aucun besoin de comparer la série au film homonyme des frères Coen, simplement parce que Hawley s’est bien gardé d’en faire une bête adaptation.
Au contraire, il s’est « contenté » d’en capter l’atmosphère si particulière pour nous raconter une histoire totalement inédite, un choix qui s’est avéré payant.

Les anthologies, un nouvel Eldorado ?

Dans la foulée du succès de True Detective sur HBO, les anthologies ont le vent en poupe et il ne fait pas de doute que bon nombre de producteurs se demande en ce moment comment ils vont pouvoir surfer sur ce phénomène.

American Horror Story, un projet nettement plus foutraque, avait ouvert la voie en 2011, c’était après une petite pirouette puisque lors de son lancement la série n’avait pas été présentée comme une anthologie. C’est à quelques épisodes de la fin de la première saison que Ryan Murphy révéla que le season finale clôturerait totalement l’intrigue tandis que la seconde saison s’inscrirait dans un tout nouveau contexte.
Un peu plus tard, on appris que certains des acteurs (et notamment Jessica Lange) rempileraient la saison suivante tout en incarnant de nouveaux personnages ce qui constituait un bon moyen de conserver un minimum de lien à l’écran entre les différentes saisons (ce que True Detective ne devrait pas faire).

American Horror Story
American Horror Story – Saison 1

Dans le cas de True Detective, le format – forcément aidé par un budget que l’on devine très confortable – est ce qui a permis à HBO de s’attacher les services de comédiens aussi prestigieux que Woody Harrelson et Matthew McConaughey (Oscarisé cette année9Matthew McConaughey a obtenu un Oscar mérité pour son rôle dans Dallas Buyers Club mais on peut se demander dans quelle mesure le buzz autour de sa prestation dans True Detective a pu peser au moment des votes.).

McConaughey10La prestation de Harrelson est également très convaincante mais son rôle de passif-agressif est nettement moins spectaculaire que le Cohle incarné par McConaughey. et son interprétation magnétique de flic tourmenté ont vraiment été au cœur des discussions durant toute la saison et ont beaucoup joué dans l’adhésion publique et critique11Le principal reproche que l’on peut formuler à True Detective concerne le caractère assez unidimensionnel de ses personnages secondaires. que la série a très vite emporté. Il est évident qu’un tel coup en terme de casting n’aurait pas été possible sur une série traditionnelle qui aurait engagé ses comédiens sur plusieurs saisons.

Si HBO n’a pas encore confirmé la mise en chantier d’une seconde saison, Nic Pizzolatto – l’auteur – ne se gêne pas pour en aborder les grandes lignes au détour d’interviews et on imagine que la chaîne Premium attend surtout d’avoir un casting cinq étoiles à annoncer pour officialiser ce qui n’est à l’évidence qu’un secret de polichinelle.
A moins que ce ne soit une autre des qualités aveuglantes de la première saison qui concentre les efforts de HBO à savoir la réalisation. En effet, Cary Fukunaga a annoncé qu’il ne poursuivrait pas l’aventure la saison prochaine en tant que réalisateur12Cary Fukunaga sera producteur exécutif sur la seconde saison ce qui lui assure un gros chèque mais ne garantit nullement son implication réelle. et il faut lui trouver un successeur.
HBO a vraiment une carte à jouer, le succès de la série devrait lui permettre d’attirer encore plus facilement des comédiens de haut vol et pourquoi pas un grand réalisateur ou à défaut plusieurs mais cela s’éloignerait de l’approche prise sur la première saison durant laquelle Fukunaga a vraiment apporté sa vision et ses choix13Paradoxalement, c’est son plus gros morceau de bravoure technique qui me laisse le plus perplexe avec le recul. En effet, son plan séquence de 6 minutes dans l’épisode 4 a beau être une sacrée prouesse, il reste finalement assez vain bien qu’il illustre parfaitement le budget luxueux dont la série a bénéficié..

Quoi qu’il en soit, la vraie difficulté pour Pizzolatto et HBO est qu’ils se trouvent aujourd’hui au pied du mur en ayant absolument tout à reconstruire pour une nouvelle saison. Une nouvelle saison qui sera très attendue suite au succès de la précédente.
Si True Detective s’inscrit vraiment dans la durée, Pizzolatto va se retrouver tous les ans devant une page blanche, espérons qu’il supporte bien la pression…

Nouvelle vague d’anthologies, réinvention de la mini-série ou simple passade ?

Historiquement, les anthologies à la télévision étaient généralement une succession de récits unitaires autour d’un genre particulier, majoritairement le Fantastique ou l’Horreur (La Quatrième dimension, Les Contes de la crypte ou plus récemment Masters of Horrors) mais parfois également le Polar (Alfred Hitchcock présente).

La Quatrième dimension
La Quatrième dimension

La particularité de la nouvelle vague qui s’annonce est que les récits sont étalés sur plusieurs épisodes, ce qui les rapproche finalement d’une autre catégorie télévisuelle assez traditionnelle : les mini-séries14C’est d’ailleurs dans les catégories relatives aux mini-séries que FX a proposé American Horror Story aux Emmy Awards..

En étant un tout petit peu cynique, on pourrait se dire que la structure de True Detective n’est rien d’autre qu’une réinterprétation opportuniste du genre de la mini-série.
Assez étrangement, jusqu’à présent, l’écrasante majorité des mini-séries étaient conçues comme des projets one-shot et leur degré de succès n’y changeait rien. On peut aisément imaginer que cette approche va changer et que les producteurs se poseront dorénavant toujours la question de savoir si leur concept de mini-série a le potentiel d’être transformé en anthologie.
A moins que l’effet ne soit plus profond encore et que les producteurs ne viennent à favoriser les projets pensés comme des anthologies potentielles au détriment de mini-séries plus traditionnelles.

La mini-série Band of Brothers
La mini-série Band of Brothers

On pourrait ensuite se demander si ce nouveau format pourrait prendre de l’importance par rapport aux séries classiques dont les intrigues s’étalent sur plusieurs saisons.
Une telle hypothèse me semble hautement improbable car si ce nouveau format est séduisant sur le papier, il reste néanmoins très loin d’être une garantie de succès.
Si l’indépendance des intrigues peut se révéler être un atout lorsqu’il s’agit d’attirer de nouveaux aficionados quand une nouvelle saison commence, cela peut vite devenir un sérieux handicap en matière de rétention des téléspectateurs, car si on pardonne volontiers un passage à vide dans une série dans laquelle on s’est véritablement investie15La plupart des fans de Dexter ont détesté les dernières saisons de la série, mais ont néanmoins regardé la série jusqu’au bout… On pourrait sans doute dire la même chose de How I Met Your Mother. Deux exemples qui illustrent bien la grande force du format classique de séries TV qui en cas de succès parvient à créer un lien extrêmement fort et durable avec le téléspectateur., c’est nettement moins évident lorsqu’il s’agit d’une anthologie.

American Horror Story a subi ce phénomène en saison 2 avec un effritement significatif de son audience. Ceci dit, cela n’a pas empêché la troisième saison de la série d’afficher de très bons scores.

Du point de vue du téléspectateur, l’anthologie offre la garantie d’obtenir une intrigue complète, mais sur les chaînes du câble (qui sont pour le moment les seules à se livrer à l’exercice), cela ne change pas grand chose puisqu’il est vraiment rare que ces dernières ne laissent une série totalement inachevée pour la simple raison que leur mode de production pour les séries est radicalement différent de celui des networks16Les saisons des séries du câble comptent moins d’épisodes et sont le plus souvent mises en boîte avant la diffusion du premier épisode. Les séries de network sont quant à elles généralement produites au fil de l’eau, ce qui permet d’en interrompre la production en cas d’audiences inférieures aux attentes..

En revanche, sur les networks justement, la promesse est séduisante ou tout au moins intrigante.
A titre personnel, j’ai de plus en plus de mal à m’engager sur de nouvelles séries de network car j’ai le sentiment que la plupart entre (ou va entrer) beaucoup trop facilement dans l’une des catégories suivantes :

  • Formula show.
  • Annulée trop vite sans conclusion satisfaisante.
  • Va durer bien au delà du raisonnable.
Matthew McConaughey dans True Detective
Matthew McConaughey dans True Detective

Il est assez rare de voir une série de network se terminer au moment où elle le devrait pour la bonne et simple raison que la logique des exécutifs est de rentabiliser ce qui fonctionne jusqu’à la corde (je schématise mais il n’y a vraiment pas beaucoup de contre-exemples en dehors du câble).
Du coup, du point de vue du téléspectateur, les anthologies seraient la promesse d’histoires complètes et potentiellement plus satisfaisantes sur les networks… Mais côté production, cela demanderaient vraisemblablement plus de moyens (pas de possibilité d’amortir les décors d’une saison sur l’autre par exemple, probable nécessité d’augmenter les dépenses marketing) sans aucune garantie de succès pour les raisons évoquées plus haut.
Le côté évènementiel de ce genre de projets pourrait présenter un intérêt en terme d’image, tout particulièrement dans un contexte dans lequel les chaînes ne vont pas pouvoir longtemps éviter de repenser leur modèle face à l’évolution rapide et drastique de la manière dont les téléspectateurs consomment les contenus télévisuels mais, même à ce titre, j’avoue rester assez sceptique.

Les années à venir nous montrerons si American Horror Story et True Detective marquent le début d’une nouvelle vague(lette) ou s’ils resteront des projets à part dans le paysage télévisuelle.